L’Arctique pourrait devenir un champ de bataille central entre les superpuissances

par Alexandre Lemoine.

Alors que les relations russo-américaines se sont aggravées, le potentiel conflictuel de l’Arctique a considérablement augmenté, la situation a commencé à changer foncièrement dans l’Arctique : les deux principaux concurrents arctiques du siècle dernier reviennent activement dans la région. Dans ce contexte, la militarisation accélérée et la hausse de la tension semblent être un scénario absolument inévitable pour l’Arctique.

Et les déclarations officielles du secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg concernant l’importance grandissante de l’Arctique pour l’Alliance atlantique s’inscrivent dans cette logique.

Malgré le déploiement des potentiels militaires et une rhétorique agressive, la région a toutes les chances de devenir une zone d’interaction entre les deux plus grandes puissances de l’Arctique. Et pour cause.

Rien n’unit mieux que les problèmes communs, aussi bien écologiques que géopolitiques. Cela représente une grande opportunité pour la coopération, car il sera impossible de répartir de tels problèmes selon le principe territorial. Alors que l’intérêt témoigné par les grands pays non arctiques, notamment par la Chine, pour cette région comporte plusieurs défis inhabituels pour les deux pays.

La hausse des revendications des pays non arctiques pour participer à la gestion de la région devient un nouveau facteur. Il est déjà évident qu’une sérieuse mise à l’épreuve attend l’hégémonie établie des États de l’Arctique.

Cela fait plusieurs années que l’Europe parle publiquement de la nécessité de revoir le statu quo, et très récemment elle a diffusé un communiqué commun sur le projet de mise en place en Arctique de son avant-poste de présence permanente. Cette activité, notamment compte tenu de la coopération militaire entre l’UE et les États-Unis, énerve Moscou, mais n’implique pas un sérieux défi à moyen terme. Et ce, pour plusieurs raisons :

– l’orientation différente des intérêts des pays membres de l’UE. Il existe une contradiction entre les pays arctiques et non arctiques en termes d’exploitation du potentiel économique de la région ;

– les longs délais de prise de décisions. Le respect des principes démocratiques et des procédures ainsi que la nécessité d’un consensus s’accompagnent toujours de longs délais. Sur fond de problèmes économiques actuels dus en grande partie à la pandémie de Covid-19, la promotion de l’agenda arctique avec l’argent du contribuable de l’UE ne semble pas être facile à justifier ;

– l’absence de sérieux potentiels militaires et ambitions. Séparément l’UE ne possède pas un potentiel offensif significatif, au cours de toute la période de l’après-guerre elle a appris à régler très efficacement les problèmes en politique étrangère par des méthodes diplomatiques ;

– le grand lien économique avec la Russie. Malgré toutes les sanctions, les liens économiques avec la Russie restent très forts.

C’est de la Chine qu’émane un danger réel non seulement pour la domination des pays arctiques dans la région, mais également pour la déstabilisation de l’Arctique. La politique d’État de la Chine publiée en 2018 a proclamé le pays puissance riveraine de l’Arctique (near-Arctic state). La contestabilité géographique évidente de cette thèse ne gêne absolument pas la Chine, qui investit déjà des ressources considérables dans la région. L’activité de Pékin est toujours menée tous azimuts : des recherches sociales et scientifiques aux projets de GNL et de logistique, y compris la Route polaire de la Soie.

Tous les partenaires de la Chine situés dans la région se méfient pour l’instant de la coopération avec Pékin. Néanmoins, ce dernier parvient à renforcer sa présence en Arctique. Et il est fort probable que cette tendance ne fasse que s’affirmer.

La transformation de la Chine en acteur clé en Arctique comporte des risques systémiques non seulement pour les pays situés dans la région, mais également pour la stabilité mondiale dans l’ensemble.

La raison principale de l’activité arctique de la Chine est la préparation pour une confrontation qui se déroule avec les États-Unis. De facto Pékin crée son avant-poste pour contenir son principal adversaire. La fonte des glaces apporte à la Chine des capacités supplémentaires pour contester la législation internationale en vigueur limitant les capacités d’une navigation commerciale et surtout militaire libre pour les navires de la Chine.

La Chine que peut-elle apporter dans la région ? Son intérêt profond pour les ressources naturelles est évident. Les investissements chinois ne créent pas d’emplois pour la population locale et sont considérés par Pékin comme un instrument de « colonisation douce ». L’exemple de l’Afrique est très révélateur. Tout cela ne promet pas de perspectives radieuses, notamment en ce qui concerne les questions climatiques fatidiques pour la planète. Malgré toute la rhétorique officielle, la Chine demeure la plus grande source de pollution de la planète, qui compte accroître les émissions au moins jusqu’en 2030.

La mission commune des pays arctiques consiste à contenir les grandes ambitions de la Chine dans la région.

source : http://www.observateurcontinental.fr

• 1ère partie : L’Arctique sort de l’hibernation géopolitique

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