Bouches-du-Rhône : jusqu’à 3.000 euros le week-end, la grasse rémunération des médecins dans les centres de vaccination

Des médecins libéraux qui interviennent dans les centres de vaccination se font payer à l’acte et empochent plusieurs milliers d’euros par vacation. Jusqu’à 3.000 euros le week-end par exemple. La pratique est légale mais scandalise. Elle pourrait être interdite dans les Bouches-du-Rhône.Publié le 13/04/2021 à 15h44Mis à jour le 13/04/2021 à 19h11

La vie n’a pas de prix, mais elle va avoir un coût pour la sécurité sociale.

Depuis quelques mois, les centres de vaccinations fleurissent sur le territoire. Dans les stades comme au Vélodrome à Marseille, mais aussi dans les gymnases, les salles des fêtes des mairies ou les centres de congrès…  Des médecins libéraux viennent y prêter main forte pour vacciner le plus grand nombre. 

Grâce à la mécanique désormais bien rodée dans ces centres, un médecin peut atteindre une cadence d’une quinzaine de vaccinés dans l’heure contre 4 à 5 en cabinet. Soit environ 60 personnes par demi-journée de vacation. Une efficacité qui a un prix pour la sécurité sociale.

Entre 1.800 et 3.000 euros pour 4 heures de travail

Pour certains médecins, payés à l’acte, l’activité est extrêmement lucrative. Entre 1.824 euros brut pour 4 heures de travail en semaine et 2.967 euros le week-end. Certains médecins enchaîneraient plusieurs vacations d’affilée et pourraient empocher jusqu’à 9.000 euros en une seule journée. A peine le temps de dire bonjour, en deux minutes. 

La pratique dénoncée par le Canard Enchaîné le 1er avril sous le titre « Des toubibs bien soignés pour piquer » n’est pas un poisson. La pilule passe mal, parmi les médecins eux-mêmes, mais aussi parmi les infirmiers et le personnel municipal qui tous interviennent dans ces centres.

Aussi choquante qu’elle puisse être en période de pandémie, cette rémunération est bien prévue par l’Assurance Maladie.

Le médecin vaccinateur qui intervient dans un centre vaccinal peut en effet choisir d’être payé au forfait ou à l’acte. La vacation à la demi-journée en semaine s’élève à 420 euros et 460 la demi-journée le week-end.

Pour chaque injection, le praticien est payé 25 euros en semaine, 44,60 euros le week-end. Auxquels s’ajoutent 5,40 euros pour la saisie dans le fichier « Vaccin Covid » ; ce fameux fichier qui compile au niveau national le nombre de personnes vaccinées.

Un coût exorbitant pour la sécurité sociale, et qui semble absolument pas justifié en centre vaccinal. Dans ces structures, le médecin est déchargé de toutes les tâches annexes à la vaccination. Il ne gère pas les doses, ni les prises de rendez-vous, ni même l’accueil des personnes qui sont dispatchées sur des lignes pour être vaccinées à la chaîne.

Dans certains centres des Bouches-du-Rhône, 30 à 50 % des médecins opteraient pour le paiement à l’acte selon nos informations. Des médecins pourraient enchaîner deux voire trois vacations. 

Une pratique marginale selon l’ARS

Des médecins choqués par ce « pillage de la sécurité sociale » demandent que la rémunération à la vacation soit imposée dans les centres vaccinaux. 

Suite aux révélations du Canard Enchaîné, Philippe De Mester, directeur général de l’Agence Régionale de Santé Paca explique avoir alerté le ministère de la Santé et le directeur général de la CPAM des Bouches-du-Rhône sur ce qu’il qualifie de « dérives »« C’est une réalité, mais la pratique est marginale », tempère-t-il.

À Marseille, les centres de vaccination pratiquent la rémunération à l’acte et à la vacation, et c’est variable d’un centre à l’autre, confirme l’adjointe en charge de la Santé, sans pouvoir préciser l’ampleur du phénomène.

En tant que citoyenne et médecin, Michèle Rubirola estime que « même si ça concerne une infime minorité de médecins mobilisés dans la lutte contre la pandémie sur le front de la vaccination, il faudrait que la sécurité sociale s’attèle à la correction des effets d’aubaine, surtout en ce moment où chaque sou compte et où les finances publiques sont soumises à rude épreuve. »  

L’affaire est prise au sérieux. Gérard Bertuccelli, directeur général de la CPAM des Bouches-du-Rhône a été chargé d’en mesurer la portée. La pratique de la rémunération à l’acte pourrait être interdite dans les centres de vaccination du département. 

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