Après le bel hommage rendu à nos soldats, le temps des questions

Après le bel hommage rendu à nos soldats, le temps des questions

Le président de la République et la nation viennent de rendre, aux Invalides, un hommage solennel à nos 13 soldats morts au Mali. Une cérémonie digne et un discours présidentiel à la hauteur de l’événement.

Les noms de ces héros seront gravés sur le monument aux morts pour la France en opérations extérieures, récemment inauguré.

Mais après le temps du recueillement vient le temps des interrogations, car depuis la tragédie, nombreux sont ceux qui doutent de l’intérêt de cette opération sans fin au Sahel.

Oui, le Mali, c’est loin, alors que la menace islamiste est au cœur du pays.

Oui, l’opération Barkhane s’enlise et les progrès attendus n’arrivent toujours pas. Le Nord-Mali est hors de contrôle de l’État.

Oui, les attaques terroristes se multiplient et font de nombreuses victimes chez les Casques bleus et les troupes du G5 Sahel.

Oui, c’est le sang des soldats français qui a encore coulé au Mali, au cours d’une traque qui a fait 13 victimes de plus. Portant à 41 le nombre de  soldats morts au Sahel depuis 2013.

Oui, les régimes africains sont corrompus, les armées locales démotivées et incapables d’assurer leur mission.

Oui, les populations africaines ne supportent plus la présence de nos soldats.

Oui, les rivalités tribales millénaires sont omniprésentes et interdisent toute paix durable.

Oui, l’Afrique post-coloniale est en train de sombrer et de retourner à ses démons d’antan, alors qu’en 1960, ce continent était plus riche que l’Asie hors Japon.

Tout cela est vrai et beaucoup s’interrogent sur le bien-fondé de cette mission lointaine, que seule la France assume, abandonnée par cette Europe qui prétend créer une défense européenne, alors qu’elle se montre incapable de nous aider, par indifférence, égoïsme et lâcheté.

Une Europe qui nous rabâche quotidiennement qu’on est plus fort à plusieurs pour relever ensemble les défis de ce monde, mais qui ne cesse de se dérober dès qu’on lui demande un soutien en troupes de combat.

L’Europe n’a qu’une vision économique de la planète. Elle voudrait s’imposer avec les seuls droits de l’homme, alors que la guerre est partout.

L’Europe parle beaucoup, se rêve en grande puissance diplomatique, voudrait peser sur le conflit syrien, mais sans armée digne de ce nom, elle ne pèse rien sur l’échiquier international. Même la Turquie pèse davantage.

Mais ceux qui réclament le retour de nos soldats ont-ils pensé aux conséquences de ce retrait ?

Ont-ils oublié qu’en janvier 2013, des colonnes de pick-up de jihadistes fondaient sur Bamako et que sans l’intervention rapide de nos Mirage venus du Tchad et des forces spéciales prépositionnées en Afrique, le Mali serait tombé aux mains des islamistes ? Un retrait signerait le chaos dans tout le Sahel.

Aucune armée africaine n’est en mesure de résister aux forces islamistes. En quelques semaines, toute l’Afrique de l’Ouest serait déstabilisée et le mal se propagerait.

L’Europe peut-elle accepter un nouveau califat au Sahel, qui s’étende de la Mauritanie à la Somalie ? Un territoire plus vaste que l’Europe ?

Le terrorisme, qui ne cesse de frapper en Europe, redoublerait d’intensité, et le renoncement de la France serait  interprété comme un signal de faiblesse éminemment préjudiciable.

Quand on voit l’état de délabrement de la Somalie, où les milices islamistes mettent le pays en coupe réglée depuis 30 ans, on comprend ce qu’il adviendrait du Sahel.

L’opinion peine à suivre parce que nous avons trois problèmes :

Primo, un manque total d’information de la part des autorités quant à la nécessité de cette opération lointaine et quant aux enjeux de ce conflit.

Secundo, une insuffisance de moyens militaires et donc un besoin impératif d’un engagement de l’Europe en troupes de combat, afin d’obtenir des résultats rapides.

Tertio, un  énorme défi politique à relever, avec des régimes en place faibles et corrompus, incapables de rétablir la sécurité sur des pays immenses.

Il est urgent d’informer le peuple français. Si la menace terroriste intérieure est parfaitement perçue par les citoyens, elle ne l’est pas du tout en ce qui concerne le Mali. Comment accepter le sacrifice de nos soldats si la nécessité de leur engagement n’est pas claire ?

Sur le volet militaire, les choses sont simples. Nous avons 4 500 soldats sur le terrain, dont certains en sont à leur 4e engagement. Il y a un impératif besoin de troupes de combat.

Les Britanniques nous soutiennent avec des hélicoptères lourds. Ils ont des troupes de combat remarquables, connaissant bien l’Afrique, mais il manque la décision politique pour les engager.

Les Allemands, cantonnés dans leur rôle de formation des armées locales, ne feront rien de plus. Ils envient notre siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu, mais quand il s’agit d’envoyer des soldats au contact, ils sont aux abonnés absents.

Le parapluie américain et l’Otan leur suffisent… Forts de leur économie, ils voudraient peser politiquement mais sans se mouiller.

Il faut dire que les armées de première catégorie ne courent pas les rues. Seuls les Français et les Anglais ont l’expérience de l’Afrique et de la guerre.

Reste le volet politique. Mater les islamistes ne servira à rien si la stabilité politique ne suit pas. Il suffit de voir dans quel état se retrouve l’Irak après la défaite de l’EI, pour mesurer l’immensité de la tâche à accomplir.

Mais là, on touche à l’ADN de l’Afrique. Tribalisme, corruption généralisée et absence totale de sens de l’État. Tout est à reconstruire après 60 ans d’indépendance.

Après chaque tragédie qui fait couler le sang de nos soldats, beaucoup réclament leur retour pour se consacrer à la défense de notre sol, où la menace islamiste s’aggrave. Mais faut-il reculer à chaque mort d’un soldat ?

Peut-on gagner une guerre sans pertes humaines ? Nous avons vénéré nos Poilus lors du centenaire de l’armistice de 1918. Mais la victoire eut-elle été possible sans le sacrifice de centaines de milliers de héros, qui ont enduré les pires souffrances pour notre liberté ?

Au plus fort de la guerre, ces braves tombaient au rythme de 1 000 par jour. Oui, vous avez bien lu, 1 000 par jour ! Fallait-il pour autant capituler ?

Nous avons une des rares armées de première catégorie. On les compte sur les doigts d’une seule main. Soyons-en fiers et soutenons-la car ce sont des lendemains tragiques qui s’annoncent.

Et quand j’entends certains citoyens s’insurger contre nos généraux, au prétexte qu’ils restent passifs face à la menace islamiste, je leur réponds qu’il est heureux que nos généraux soient respectueux des institutions et restent fidèles au pouvoir civil démocratiquement élu.

On a vu où a mené le putsch d’Alger de 1961… et nous ne sommes pas dans l’Amérique du Sud des années 60.

Ce n’est qu’en cas d’effondrement de la nation et de défaillance du pouvoir civil que nos généraux assumeront leurs responsabilités. C’est ainsi dans toute démocratie digne de ce nom.

Au Sahel, nos soldats ne peuvent compter ni sur le G5 Sahel, ni sur la Minusma, la force onusienne totalement inefficace. Barkhane est irremplaçable et ses 4 500 hommes sont là pour longtemps. Un enlisement pour certains, mais bien moins lourd de conséquences qu’un retrait.

Ce que nos soldats réclament avant tout, ce sont des moyens en effectifs et en matériels. Il est grand temps de porter le budget des armées à 50 milliards.

Nous verrons si l’initiatative « Katuba », visant à engager des forces spéciales européennes aux côtés des Français, sera suivie d’effet.

Aujourd’hui l’heure est au recueillement et à l’hommage national à nos héros morts au combat. Mais chaque citoyen doit garder en tête que la mission continue.

Et la fierté et la reconnaissance ressenties pour nos soldats, doivent toujours être plus fortes que le chagrin et la tristesse.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/apres-le-bel-hommage-rendu-a-nos-soldats-le-temps-des-questions.html

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