Mort de Steve Caniço : pourquoi le rapport de l’IGPN est critiqué

Mort de Steve Caniço : pourquoi le rapport de l’IGPN est critiqué

Présentées par Edouard Philippe mardi, les conclusions de l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale sur l’intervention des forces de l’ordre le soir de la Fête de la musique à Nantes ont engendré interrogations et critiques.

Des enquêtes judiciaires sont en cours, mais celle de « la police des polices » est terminée. L’intervention des forces de l’ordre à Nantes « était justifiée et n’est pas apparue disproportionnée », conclut l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) dans sa synthèse publiée mardi 30 juillet. Selon ce document, « il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police (…) et la disparition de M. Steve Maia Caniço« .

En évoquant ces conclusions, le Premier ministre Edouard Philippe a toutefois reconnu que « le déroulement de cette soirée, l’enchaînement des faits » restaient « confus », avant d’annoncer la saisine de l’Inspection générale de l’administration (IGA). Ce rapport et sa présentation, le jour de l’identification du corps de Steve Maia Caniço, ont par ailleurs suscité de vives critiques. Voici ce qui est reproché à l’enquête administrative de l’IGPN.

Parce que son contenu est jugé « partial »

« Je crains que ce rapport ne soit rédigé d’une manière très contestable et très critiquable », a commenté l’avocate de la famille de Steve, sur Europe 1. Pour elle, cette enquête administrative a, en outre, été menée « très rapidement » : « Pas d’audition des témoins, y compris ceux qui se sont retrouvés dans l’eau au même moment que le pauvre Steve […], pas d’expertise balistique sur le nombre de projectiles lancés par la police pendant son intervention…, note l’avocate. Ce rapport est d’une partialité qui me dérange hautement », insiste-t-elle.

On ne peut pas faire un rapport sur une affaire aussi complexe en quelques jours, alors que l’on n’a pas encore le corps de la victime lorsque le rapport est rédigé, donc aucun élément médico-légal.Me Cécile de Oliveirasur Europe 1

« Ce n’est pas sérieux », estime aussi la journaliste Alexandra Schwartzbrod, dans son édito pour Libération au sujet de ce rapport « bouclé avant la découverte du corps de Steve ». D’autres éditorialistes analysent le document, ainsi que la découverte du corps de Steve, trente-huit jours après les faits, de façon similaire. Cette situation « interroge sur le comportement des policiers, elle questionne sur la lenteur des recherches, elle interpelle sur l’impartialité du rapport de l’IGPN », juge Jean-Michel Servant dans Midi libre.

Interrogée par l’AFP, la maire de Nantes, Johanna Rolland (PS), trouve par ailleurs « troublant et inquiétant » que l’IGPN ne soit « pas en mesure de dire ce qui s’est passé dans la nuit du 21 au 22 juin dernier sur le quai Wilson à Nantes ». Son adjoint PCF à la mairie Aymeric Seassau déclare avoir « honte d’imaginer qu’on puisse être dans autant de déni ». Il accuse lui aussi l’IGPN de partialité, rappelant ses conclusions dans l’interpellation des lycéens de Mantes-la-Jolie et dans la mort de l’octogénaire Zineb Redouane, tuée par une grenade de désencerclement alors qu’elle fermait ses volets, à Marseille. L’IGPN avait alors écarté toute faute des forces de l’ordre.

C’est « le fonctionnement » même de l’IGPN qui « est en cause »« le modèle de l’inspection interne qui aujourd’hui est en crise parce que ce sont des policiers qui enquêtent sur des collègues policiers », estime le sociologue Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, interrogé par franceinfo.

Parce qu’il a été bouclé avant la découverte du corps de Steve

L’IGPN a été saisie le 24 juin de l’enquête administrative concernant l’intervention des forces de l’ordre, dans la nuit du 21 au 22, pour mettre fin à « des troubles à l’ordre public ». Mardi 30 juillet, un document de dix pages a été transmis à la presse. Il s’agit de la synthèse adressée à la directrice de « la police des polices », Brigitte Jullien, par la délégation de l’IGPN à Rennes. Sur sa première page, il mentionne toutefois une « enquête administrative comprenant 235 feuillets au total ». L’intégralité du document n’a pas été communiquée.

Surtout, le document est daté du 16 juillet 2019, deux semaines avant sa diffusion, qui a eu lieu le jour de l’identification du corps de Steve Maia Caniço et le jour où le parquet de Nantes annonce l’ouverture d’une information judiciaire « contre X » pour « homicide involontaire« . Le choix de « garder [le rapport] en réserve pour le publier le jour où on retrouve le corps de Steve Maia Caniço est assez incompréhensible », pour le journaliste du MondeNicolas Chapuis.

Nicolas Chapuis

@nicolaschapuis

Le rapport de l’IGPN est daté du 16 juillet 2019. Cela fait donc deux semaines qu’il est dans les mains du gouvernement. Ce choix de le garder en réserve pour le publier le jour où on retrouve le corps de est assez incompréhensible.

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