Thierry Ardisson: «Quand la télévision française disparaît»

BRAVO THIERRY  LA FRANCE EST SOUS LA PIRE DICTATURE D UN ARROGANT BON A RIEN  ÉLU SUR MAGOUILLES

Thierry Ardisson: «Quand la télévision française disparaît»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Thierry Ardisson expose les conditions de son départ de la chaîne C8, et met en garde contre le «désert qui s’étend» dans le milieu télévisuel français.


Thierry Ardisson est un animateur et producteur de cinéma et de télévision. Il animait cette année l’émission Les Terriens.


Ce soir, c’est la dernière des «Terriens»: viré! Car, comme Baffie l’a rétorqué à Hanouna: «Ce n’est pas Ardisson qui quitte C8, c’est C8 qui quitte Ardisson!». Quand le propriétaire du groupe auquel vous livrez une émission depuis 13 ans vous demande la même chose pour la saison suivante pour la moitié du prix, et que ce n’est pas négociable, vous êtes «viré». C’est le mot. Il y a 13 ans, Patrick de Carolis me virait de France 2, aujourd’hui, Vincent Bolloré me vire de C8. Sans préavis. Who’s next?

Mais le problème, ce n’est pas moi. Ce sont bien sûr les salariés qui se retrouvent sans boulot à la rentrée et dont on s’occupe. Et c’est surtout la Télévision.

Les moyens

Face aux réseaux sociaux, la Télévision souffre, mais souvent, faute d’avoir le courage de prendre des décisions difficiles, la réponse des chaînes à cette situation est de réduire les budgets des producteurs. Pour survivre, ils sont alors contraints de faire des émissions moins ambitieuses avec des équipes réduites ou moins capées, ils tournent deux émissions tous les quinze jours pour un hebdo d’actu, cinq émissions en une journée pour une quotidienne. Et faute de budget suffisant pour le décor, la lumière, le graphisme, les émissions ressemblent souvent à de la radio filmée.

Je ne suis pas un «Enfant de la Télé», je suis un «Enfant de l’ORTF».

Abandonner l’idée d’une émission écrite, tournée, montée et mixée, c’est ce à quoi m’obligeait la réduction de moitié d’un budget qui pourtant n’avait pas été réévalué depuis la première de «Salut les Terriens», il y a treize ans… J’ai refusé.

Il ne faut pas accepter l’inacceptable.

Les contenus

Je ne suis pas un «Enfant de la Télé», je suis un «Enfant de l’ORTF». J’ai été élevé par Pierre Dumayet, Claude Santelli, Jean-Christophe Averty, Denise Glaser, Albert Raisner, Claude Barma et Daisy de Galard. «Dim Dam Dom» était mon émission culte! Daisy deviendra la marraine de ma fille Manon. J’ai donc toujours défendu l’idée que la Télévision devait être aussi l’École du Peuple. Mais une école moderne où l’on ne gave pas les gens avec une culture élitiste, style «Les Chorégies d’Orange» au mois d’août en prime time, ce qui fait un bide et donne à tous les incultes un argument pour le restant de l’année. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. La Culture à la Télévision doit être spectacularisée. C’est le boulot des producteurs. Si «Tout le monde en parle» a fait de l’audience avec Michel Houellebecq, Bret Easton Ellis ou Tom Wolfe, c’est parce qu’avant il y avait Patrick Timsit et après Valérie Lemercier. Mais, au moins, les gens avaient accès à eux.

Cette année, sur C8, dans l’ «Ardiview», pour un tête à tête de vingt minutes, j’ai reçu Michel Onfray, Joann Sfar, Roberto Saviano, Kamel Daoud, Philippe de Villiers, Luc Ferry, Kenzo, Gilles Kepel, Alain Minc, Matthieu Ricard, Philippe Val, Philippe Sollers, Éric Dupond-Moretti, Jean-Pierre Chevènement, Edwy Plenel, François Ruffin, Zineb El Rhazoui, Jean-Marie Rouart, Riad Sattouf, Denis Tillinac, Sting. J’espère qu’on les reverra sur C8.

Un jour, je demandais à un directeur de l’audiovisuel si ses enfants regardaient la téléréalité qu’il diffusait, il m’a répondu sèchement : « Pas question ! ».

Il faut que les patrons de chaînes prennent conscience de l’avertissement de Nietzsche: «Le désert s’étend», et du fait que leur responsabilité n’est pas seulement financière devant leur conseil d’administration, mais aussi culturelle devant leurs enfants. Un jour, je demandais à un directeur de l’audiovisuel si ses enfants regardaient la téléréalité qu’il diffusait, il m’a répondu sèchement: «Pas question!».

Attention, faute de finance et d’exigence, la Télévision s’éteint.

 

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