Dans Destin français, Éric Zemmour persiste à prédire une guerre entre chrétiens et musulmans en France

Dans Destin français, Éric Zemmour persiste à prédire une guerre entre chrétiens et musulmans en France

C’est devenu une obsession, son obsession : la France n’échappera pas à une énième guerre de religions et vous savez quoi ? Ce sera les musulmans contre les chrétiens, une fois de plus. C’est écrit, c’est prouvé, Zemmour n’en démord pas.

 

C’est dans son dernier opus, Destin français, que le journaliste-écrivain-polémiste-chroniqueur-animateur démontre, au travers de l’histoire mouvementée de notre pays, que l’affrontement avec les forces du mal – l’islam – est programmé. Il a déjà eu lieu, il a lieu, il aura encore lieu. On n’échappe pas à son destin, semble-t-il.

Pour nourrir sa démonstration, Zemmour fait des parallèles entre des situations bien différentes mais qui, selon lui, devraient mener aux mêmes bains de sang. D’ailleurs, les épisodes terroristes sanglants de 2015-2016 sont là pour le prouver. C’est une sorte de bande-annonce du futur. On n’exagère pas, Zemmour arrive à presser les moments charnières de notre histoire pour extraire le jus de la discorde islamo-chrétienne.

Le Figaro, sous la propre signature de Zemmour, publie les bonnes feuilles du livre. En voilà cinq « preuves » qui illustrent la thèse zemmourienne. D’abord, Éric, issu de l’immigration algérienne, tient à bien se distinguer de ses ancêtres arabes : la tribu des Zemmour sont des Berbères, que diable, et qui ont vaillamment résisté à la colonisation française, qui a duré 130 ans.

Mais ce n’est pas pour autant que cette même tribu – les ancêtres d’Éric – n’est pas devenue 100% française, aimant la France plus qu’elle-même, c’est-à-dire que ses origines.

« J’avais toujours su qu’être français, c’était précisément ce sentiment qui vous pousse à prendre parti pour votre patrie d’adoption, même si elle avait combattu vos ancêtres. “La patrie, c’est la terre des pères. Il y a les pères selon la chair et les pères selon l’esprit,” écrivait André Suarès, autre juif devenu français qui venait, lui, de Livourne, et chez qui je retrouverais, bien des années plus tard, la plupart de mes tourments, de mes analyses et de mes sentiments, rédigés dans une langue d’une pureté cristalline digne de Pascal.
Avant même de le lire, j’avais intériorisé sa leçon : être français, quand on n’est pas un fils des pères selon la chair, mais un fils des pères selon l’esprit, c’est prendre parti pour ses pères d’adoption jusques et y compris contre ses pères d’origine. C’est prendre le parti de la raison sur l’instinct, de la culture sur la nature, c’est dire “nous” même quand le nous qu’on est devenu affronte le nous qu’on fut… Je ressentais au plus profond de moi ce que je lirais des années plus tard sous la plume de Raymond Aron : “Je suis ce qu’on appelle un Juif assimilé. Enfant, j’ai pleuré aux malheurs de la France à Waterloo ou à Sedan, non en écoutant la destruction du Temple. Aucun autre drapeau que le tricolore, aucun autre hymne que La Marseillaise ne mouillera jamais mes yeux.” »

Nous l’avons compris : Éric, qui n’a pas été appelé Mohamed par ses parents, est un Arabe bien assimilé. Plus que ça, puisqu’il est devenu un des grands défenseurs de la France, de son esprit, de son passé. Un bon, un très bon Français, quoi.

Sans transition, l’extrait suivant entre dans le vif du sujet. Nous sommes en plein djihad.

« Entre la chrétienté et l’Islam, c’est une histoire millénaire. Qui ne s’unit pas se divise ; qui n’attaque pas recule ; qui ne recule plus conquiert. Qui ne conquiert plus est conquis. René Grousset en a tiré une leçon sur l’importance de la croisade d’Urbain II, qui s’oppose à notre doxa contemporaine. Selon lui, le pape a permis à l’Europe de retarder de près de quatre siècles l’avancée de l’Islam et de préparer la lente émergence d’une Renaissance qui n’aurait jamais eu lieu sous le joug islamique : “La catastrophe de 1453 qui était à la veille de survenir dès 1090 sera reculée de trois siècles et demi… Pendant ce temps, la civilisation occidentale acheva de se constituer et devint capable de recevoir l’héritage de l’hellénisme expirant… La croisade ne fut pas autre chose que l’instinct de conservation de la société occidentale en présence du plus redoutable péril qu’elle ait jamais couru. On le vit bien quand l’Occident renonça à cet effort.”

Pour fonder et justifier leurs attaques meurtrières sur le sol français en 2015, les propagandistes du califat islamique (Daech) sonnèrent l’heure de la revanche contre les “croisés”. Cette appellation fit sourire nos esprits laïcisés et incrédules. Nous avions tort. Cette histoire longue est encore très vivante en terre d’Islam, alors que notre présentisme consumériste et culpabilisateur a tout effacé de nos mémoires. Nous avons oublié qu’Urbain II était français, que Pierre l’Hermite était français, que Godefroy de Bouillon était (pratiquement) français, que Saint Louis était français. Nous avons oublié que, grâce à eux, nous avons échappé à la colonisation islamique et que l’Europe, enracinée solidement dans la raison grecque, la loi romaine, et l’humanisme chrétien, a pu alors s’élever vers le destin inouï et glorieux qui fut le sien. Si nous l’avons oublié, eux ne l’ont pas oublié. »

Il n’est pas besoin de résumer le propos, qui est clair comme de l’eau de roche d’un oued. La guerre islamo-chrétienne a toujours été là, comme un volcan, et ne fait que resurgir aujourd’hui, dans des conditions différentes mais toujours selon le même principe : un combat à mort.

Puis Éric nous assène une de ses articulations préférées, il a retrouvé la racine du déclinisme actuel, dont Victor Hugo serait à l’origine. Lui, c’est l’ancêtre du gauchisme, cause de tous nos malheurs et surtout, de notre faiblesse. Car de notre faiblesse – sous-entendu devant le danger islamique – découle nos malheurs actuels et à venir.

« Charles Péguy ne s’y trompera pas : “Hugo aimait les assassins, c’est un fait. […] Ils sont partout dans son œuvre en des points secrets de compétence. En des points de complaisance…” Cette fascination pour les assassins est un des fils rouges de son œuvre. Dans Les Misérables, il exalte la figure du bagnard évadé Jean Valjean, paré de toutes les vertus, et peint le représentant de l’ordre, l’inspecteur Javert, sous les couleurs les plus sombres. C’est dans ce roman qu’on trouve la fameuse apostrophe, devenue la devise de tous les progressistes : “Une école qu’on ouvre, c’est une prison qu’on ferme.” Le criminel est une victime de la société, coupable de ne pas l’avoir éduqué ou de ne pas lui avoir procuré du travail. Victor Hugo a forgé l’arme absolue, l’arme de destruction massive : la compassion. L’amour qu’il porte à tous les assassins, et au-delà à tous les déviants, va faire trembler sur ses bases une société française déjà bouleversée par la Révolution.

Les Misérables, ou le triomphe de l’avocat sur le ministère public, de la sensiblerie sur le bon sens. Victor Hugo et tous les écrivains qui l’ont imité n’ont pas seulement perverti les esprits juvéniles, en leur présentant une image mythifiée et fallacieuse des milieux de la pègre, mais ont surtout désarmé la société face à leurs agissements. En rendant la peine de mort illégitime, Victor Hugo et ses émules ont rendu illégitime toute sanction. En faisant des criminels les victimes, ils ont fait des victimes des criminels, puisque au fond représentants malgré eux de cette société honnie. Cette “inversion accusatoire” nourrit la déstructuration des sociétés modernes et l’ensauvagement d’une jeunesse délinquante qui a fait de la “culture de l’excuse” une seconde nature… Nos grandes consciences de gauche prétendent que la prison est criminogène ; qu’il faut tout faire pour l’éviter. On multiplie les peines de substitution et les remises de peine. On refuse de construire de nouvelles prisons. L’objectif prioritaire de notre politique pénale est la rééducation des prisonniers. On se gargarise de la formule hugolienne sur les écoles et les prisons. Nos écoles n’ont jamais été aussi nombreuses, mais beaucoup sont devenues, dans nos banlieues en particulier, le lieu d’apprentissage du crime. »

On retrouve là le propos anti-socialiste au vrai sens du terme (le social comme explication) de Philippe Val, l’homme passé du gauchisme le plus pur au sionisme islamophobe le plus pur. Certains diront qu’avec les événements de Charlie, on peut comprendre la tournure de son ancien directeur de publication. Sauf que Val est devenu un défenseur de l’Empire et de l’axe américano-israélien dès le milieu des années 90.
Zemmour, lui, n’a jamais caché – ou alors pas très bien – son prisme sioniste, mais d’un sionisme avancé, d’un sionisme acceptable, un sionisme assimilé, pourrait-on dire, le national-sionisme en vogue actuellement. Une vogue déclenchée par la partie dure de notre oligarchie, celle qui n’hésite pas à laisser des terroristes agir impunément sur notre sol. Curieusement, les tenants du national-sionisme ne font pas le lien entre les attentats et ce pouvoir profond… Mais c’est une autre histoire.

Le Figaro et Zemmour achèvent leur chronique sur le cas de Jacques Soustelle, qui en prend rétroactivement plein la poire, comme Victor Hugo.

« Soustelle est avec les révolutionnaires universalistes pour qui, comme il le dira lui-même, “Il n’y a aucune différence entre un paysan cévenol et un paysan kabyle.” On notera cependant qu’il parle des Kabyles – convertis de force à l’islam, des siècles plus tôt – et non des Arabes. Tout à son mirage romantique mexicain, il oublie seulement qu’en cent trente années de colonisation il n’y a pratiquement pas eu de mariages mixtes entre pieds-noirs et Arabes. De Gaulle, lui, est d’un réalisme impitoyable : “On peut intégrer des individus ; et encore dans une certaine mesure seulement. On n’intègre pas des peuples, avec leur passé, leurs traditions, leurs souvenirs communs de batailles gagnées ou perdues, leurs héros. Vous croyez qu’entre les pieds-noirs et les Arabes, ce ne sera jamais le cas ? Vous croyez qu’ils ont le sentiment d’une patrie commune, capable de surmonter toutes les divisions de races, de classes, de religions ? Vous croyez qu’ils ont vraiment la volonté de vivre ensemble ?” »

Et ça se termine, comme souvent chez Zemmour, dans l’Algérie française et dans le sang :

« Dans l’“Algérie de papa”, on l’a vu, les musulmans n’avaient pu obtenir la citoyenneté française parce qu’ils avaient refusé d’abandonner leur “statut personnel”, c’est-à-dire leur mode de vie régi par les lois religieuses. L’intégration dans l’Hexagone avait renversé les priorités et tourné au marché de dupes : les musulmans, devenus français, avaient légalement obtenu les droits de tout citoyen ; mais personne n’avait prévu que nombre d’entre eux retourneraient à leur “statut personnel” immémorial. À la fin des fins, ils l’emportent et sur Soustelle et sur de Gaulle. Une contre-société forge peu à peu un contre-peuple dans le cadre d’une contre-colonisation. De nouveau, la République se retrouve face à l’Islam, et ne sait toujours pas comment trancher le nœud gordien. De nouveau, la nation renoue avec ses éternels démons de la division, de la haine entre Français, de la guerre civile. »

C’est drôle, la démonstration finale, qui conduit à la guerre civile, fonctionne encore mieux si l’on remplace islam par judaïsme, ou islamisme par sionisme. En évoquant le statut personnel immémorial des musulmans, Zemmour oublie un peu vite le statut immémorial des juifs en France. Qui ont peut-être été mieux assimilés que les musulmans – et encore – mais qui ont créé, malgré la promesse faite à Napoléon par les rabbins – un État dans l’État, une puissance intérieure que l’on peut qualifier de contre-société, de contre-peuple dans le cadre d’une contre-colonisation.

Si Zemmour avait été chrétien, il se serait souvenu de la phrase du Christ sur la paille et la poutre.

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