Quand Fillon et Macron désamorcent des rumeurs qui n’existent pas encore

Quand Fillon et Macron désamorcent des rumeurs qui n’existent pas encore

Emmanuel Macron et François Fillon évoquent cette semaine des rumeurs dont ils feraient l’objet selon eux. Le but : désamorcer tout ce qui pourrait les déstabiliser.

Ferrari cachée, repas d’enterrement payé par de grandes entreprises, compte en banque dissimulé en Suisse… François Fillon et Emmanuel Macron se disent victimes de rumeurs et s’appliquent à les démonter, alors même que ces on-dit n’ont pas ou très peu d’écho. Les deux candidats cherchent à désamorcer par anticipation tout ce qui pourrait leur nuire, à quelques jours du premier tour de la présidentielle. Une stratégie qui a déjà porté ses fruits mais qui risque aussi de donner du poids à des ragots jusqu’ici inconnus du grand public.

François Fillon, dans une interview publiée par Le Parisien mercredi, répète, comme depuis le début de l’affaire des emplois soupçonnés d’être fictifs de sa femme et de ses enfants, qu’il ferait l’objet d’un acharnement de la presse. Le candidat estime même que les médias seraient à ses trousses pour relayer « n’importe quelle rumeur ».

Vraies procédures judiciaires et rumeurs inventées

« En ce moment, il y a des journalistes qui enquêtent chez moi, dans la Sarthe, affirme François Fillon. J’aurais par exemple une Ferrari cachée dans une grange, j’aurais fait payer le repas d’enterrement de ma mère par de grandes entreprises, je serais intervenu auprès d’un recteur d’académie pour faire augmenter la note de mon fils au baccalauréat et ma femme aurait travaillé dans un cabinet ministériel il y a quarante ans… Tout cela est faux. Et cela va trop loin. »

L’ancien Premier ministre crée ainsi la confusion entre les révélations de la presse, certaines ayant donné lieu à sa mise en examen, et d’autres « rumeurs » dont il n’existe aucune trace. Aucun média n’a évoqué de Ferrari dissimulée, de repas d’enterrement financé par des entreprises ou de notes au baccalauréat gonflées… « C’est la stratégie du rideau de fumée : François Fillon met dans le même sac des rumeurs qu’il invente et des informations beaucoup plus tangibles, explique le politologue Pierre Mathiot. En caricaturant les médias, il tente de vider de sa substance leurs affirmations, de discréditer leur parole, pour renforcer la thèse du complot. »

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Désamorcer la rumeur avant qu’elle n’atteigne le grand public

Lundi, c’était Emmanuel Macron qui lançait et démentait dans le même temps une rumeur sur un prétendu compte caché en Suisse. « Certains de mes adversaires politiques ont décidé de diffuser de fausses nouvelles, de fausses informations, a-t-il affirmé sur BFM TV. Cette semaine, vous allez entendre dire ‘Monsieur Macron, il a un compte caché dans un paradis fiscal, il a de l’argent caché à tel ou tel endroit’. » Et de couper court à cette « rumeur » : « C’est totalement faux. J’ai toujours payé tous mes impôts en France et j’ai toujours eu tous mes comptes en France. »

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Jusqu’à présent, aucun article n’avait pour sujet un compte caché appartenant à Emmanuel Macron. Seuls quelques comptes twitter – notamment des soutiens de Jean-Luc Mélenchon – évoquaient cette idée.

« Vous avez des boucles de mails, de sms où on dit qu'[Emmanuel Macron] a dissimulé son patrimoine dans des comptes en Suisse », explique au JDD Sibeth Ndiaye, responsable des relations presse d’En Marche. L’idée est d’éviter que « ces sujets surgissent au-delà de ces boucles de mail pour atteindre le grand public. » « Dans la dernière ligne droite, on se tient prêt à parer toute éventualité », justifie l’équipe de l’ancien ministre de l’Economie.

Une stratégie logique, pour le journaliste Alexandre Duycq, auteur de La République des rumeurs*. « Exposé à une rumeur, un homme politique a deux tactiques : faire le dos rond ou aller s’expliquer devant les médias. Là, on est face à une troisième solution, due à la puissance des réseaux sociaux : avant même le début de l’incendie, on vient dire que quelqu’un a craqué une allumette, et on éteint l’incendie. »

Une stratégie à double tranchant

Cette stratégie avait déjà porté ses fruits pour le leader d’En Marche!, lorsque ces boucles de mails portaient la rumeur d’une relation avec le PDG de Radio France, Mathieu Gallet. Face à la multiplication de messages assurant que des photos des deux hommes devaient être publiées par le magazine people Closer; le candidat avait désamorcé les doutes en février 2017, lors d’une réunion publique. « Brigitte partage tout de ma vie du soir au matin, elle se demande simplement comment physiquement je peux faire », avait-il ironisé. « Traiter cette rumeur en public, avec de la dérision : il a très bien joué, juge Alexandre Duycq. Dans l’équipe de ‘riposte numérique’ d’Emmanuel Macron, il a été observé que les occurrences sur les réseaux sociaux, ayant pour sujet cette pseudo-relation, avaient largement diminué après l’intervention du candidat. Cela a tué cette rumeur, sauf pour ceux qui avaient vraiment envie d’y croire. » Pour le journaliste, c’est même « la marque de fabrique de la campagne » du candidat : « exposer et éliminer la rumeur avant même qu’elle ne prenne de l’ampleur. »

Mais cette posture n’a pas toujours tourné à l’avantage du candidat qui la choisit. Fin janvier, François Fillon, alors que le Penelopegate a vu le jour une semaine plus tôt, tente de se défendre sur le plateau de TF1. Dans un effort d’honnêteté, l’ancien Premier ministre explique avoir employé ses enfants quand il était sénateur, élément que la presse n’avait jusqu’alors pas abordé. « Il y a toujours un risque d’effet boomerang avec cette stratégie d’anticipation, avertit Alexandre Duycq. Donner de l’écho à une rumeur dont personne ou presque n’a entendu parler. Si elle est vraie, c’est prendre un énorme risque. » Alors que les révélations de l’hebdomadaire satirique ne portaient que sur son épouse, le candidat crée ainsi un nouveau terrain d’enquête pour les policiers. Ces derniers intégreront quelques semaines plus tard les emplois des aînés Fillon à leur investigation.

Par Sarah Paillou

*Alexandre Duycq, La République des rumeurs, 1958 – 2016, Broché, 19,90€.                 http://www.lejdd.fr/politique/quand-fillon-et-macron-desamorcent-des-rumeurs-qui-nexistent-pas-encore-3306302#xtor=CS1-4

 

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