Christine Angot, François Fillon vous dit merci !

Christine Angot, François Fillon vous dit merci !

FIGAROVOX/TRIBUNE- Éloïse Lenesley revient avec humour sur la polémique liée à l’intervention de Christine Angot dans L’Emission politique. Et si tout cela n’était q’une machination destinée à mettre le candidat en valeur ?

L’affaire est grave, et elle vous est révélée en exclusivité par Le Figaro, plumant pour le coup au poteau avec maestria le Canard enchaîné, qui ne pourra divulguer l’information que mercredi prochain. Et pan sur le bec. Ne reculant devant aucun sacrifice pour orienter comme il se doit le vote de nos (é)lecteurs, nous avons veillé tard dans la nuit pour nous procurer copie d’un contrat liant l’avocat franco-libanais Robert Burgi (pour ceux qui auraient hiberné tout l’hiver, il s’agit de l’homme qui a grassement financé la garde-robe somptuaire de François Fillon) et madame Christine Angot, écrivain de son état et femme de gauche dans tous ses états. Ce document, dont l’authenticité ne saurait être contestée, apporte la preuve irréfragable que la romancière a été rétribuée pour une prestation le jeudi 23 mars dans «L’Émission politique» de France 2, au cours de laquelle elle avait pour mission d’agresser violemment le candidat des Républicains afin de revigorer la cote de popularité d’icelui, devenue aussi plate que l’encéphalogramme de François Hollande pendant un conseil des ministres.

Coupons d’emblée l’herbe sous le pied des vitupérants détracteurs de la grande penseuse hexagonale qui seraient tentés, avec une perfidie juppéiste, de revisiter la cultissime boutade de Pierre Desproges à l’égard de Marguerite Duras et de s’écrier: «Christine Angot n’a pas écrit que des conneries, elle en a récité aussi». Que nenni! C’est oublier un peu vite qu’il suffit d’une simple lettre pour métamorphoser l’autrice en actrice. Avec une virtuosité saisissante digne d’une Sarah Bernhardt sous ecstasy, madame Angot s’est acquittée d’un réquisitoire détonant mais qui n’eût pas détonné au sein du Tribunal des Flagrants Délires. Durant un quasi-soliloque aussi ébouriffant que roboratif, la grande prêtresse de la littérature française a, au prétexte d’exprimer son «ressenti», régurgité une invective biliaire vénéneuse sur un François Fillon trop stoïque pour être honnête. Pas de doute, tout cela sent le coup monté. Accusé pêle-mêle d’être corrompu, de ne reculer devant rien, de faire risquer à la France une victoire de l’horrible Marine Le Pen, l’ex-Premier ministre ne se départit pas de son sang-froid légendaire, parvenant ainsi à se victimiser habilement en se retranchant avec une candeur de chaisière derrière la présomption d’innocence. Comme si quiconque en France se souciait encore de ce concept vermoulu.

Faut-il être aux abois pour se livrer à pareille manigance, sous le regard complice d’un David Pujadas tout sourire, se gardant bien de calmer les ardeurs de walkyrie de sa procureure d’un soir et poussant le vice jusqu’à susurrer d’une petite voix cauteleuse: «Ici, c’est une enceinte où on débat tranquillement.» Pleinement habitée par son rôle de marâtre, la dramaturge acheva sa diatribe en apothéose, se gaussant du «chantage au suicide» du député Républicain, qui nous ferait ainsi le «coup de Bérégovoy», nous assurait-elle, trahissant par là même le caractère prémédité de son intervention. En effet, comment ne pas voir derrière ce coup d’éclat la patte de son ex-conjoint, Doc Gynéco, dont on connaît de longue date la fascination pour le défunt ministre, auquel il rendit hommage en 1997 dans son titre «Nirvana» (pour mémoire: «Comme Bérégovoy, je veux atteindre le nirvana»).

Autre indice flagrant de cette grossière mise en scène, l’étincelant bracelet que madame Angot arborait à son gracile poignet pour étayer ses accusations de corruption. Bijou qui lui fut offert il y a dix ans par une amie écrivaine, laquelle espérait lui soutirer en retour une recension complaisante de son dernier livre. «Sur le moment, je n’ai pas compris, j’ai accepté le bracelet comme une imbécile», confesse-t-elle, l’œil humide et les cordes vocales secouées de vibrants trémolos, pour mieux descendre en flèche son contradicteur en lui expliquant que son affaire de costumes à lui était beaucoup plus grave car elle relevait du trafic d’influence. «Moi, j’ai rendu les costumes», lui rétorqua-t-il du tac au tac. D’une part, il nous gratifie une fois de plus d’un mensonge éhonté. Un témoin oculaire, qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons que l’on comprendra aisément, nous a certifié que les vêtements incriminés étaient en réalité dissimulés dans la penderie à double-fond d’une chambre d’ami, au bout de l’aile droite du château du couple Fillon. Une simple perquisition pourra le confirmer. Si vous lisez ces lignes, monsieur le juge Tournaire, il faut agir vite!

D’autre part, comment gober une seconde que l’intellect himalayesque de madame Angot puisse avoir été dupé par les vils calculs d’une consœur lui achetant une breloque ressemblant fort au modèle phare d’un célèbre joaillier vendu entre 6000 et 15 000 euros. Si tel est le cas, on comprend qu’elle ait rechigné à s’en séparer, et que le tacle de François Fillon (qu’on soupçonne par ailleurs téléguidé via SMS) ait décuplé son courroux déjà vivace. Déployant un répertoire époustouflant d’intensité dramatique, puisé dans les racines des grands classiques de la littérature et du cinéma, agitant ses bras tel l’empereur Palpatine prêt à faire jaillir des éclairs, adoptant un rictus résolument hostile tel Gollum prêt à vous sauter à la gorge pour conserver son précieux anneau, la voilà qui repart de plus belle: «De l’autre côté de l’écran, les gens ils sont dans le même état que moi!!!» Bientôt la guerre civile, préparez-vous. Puis d’enchaîner sur un ton méchamment narquois à la Jack Nicholson dans «Shining»: «Oh, il est triste, il me fait de la peine! Il est blessé?» Avant de conclure sans vergogne, après avoir monopolisé la parole pendant huit minutes de vociférations histrioniques, que, de toute façon, on ne la laisse pas parler. En guise d’épilogue, l’écrivaine se ménage une sortie de plateau théâtrale non sans avoir lâché une ultime réplique criante de vérité, et c’est là qu’on prend toute la mesure du talent de tragédienne inouï de madame Angot: «Il [Pujadas] m’a fait venir parce que ce que je viens de vous dire, ils ne peuvent pas le dire.»

Face à un parterre de spectateurs pantois et de téléspectateurs médusés, à en croire les réactions fusant sur les réseaux sociaux, ce duel aussi fictif qu’un emploi d’attaché parlementaire a parfaitement atteint son objectif. On visualise déjà les sondages s’emballer dès la semaine prochaine. Apparu comme un animal traqué par une mégère sans pitié, François Fillon ne pouvait que s’attirer la sympathie et la compassion de ses pires contempteurs en faisant d’une pierre deux coups: être encore plus traîné dans la boue et diabolisé que madame Le Pen, et démontrer que contrairement aux allégations fantaisistes de monsieur Macron, il y a bel et bien une culture française, incarnée avec une impériale flamboyance par l’inégalable Christine Angot. Heureusement que la presse est là pour mettre au jour ces magouilles inacceptables qui menacent chaque jour un peu plus notre démocratie.

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