Opinion – Fillon ou le syndrome du comte de Chambord

Opinion – Fillon ou le syndrome du comte de Chambord

LE CERCLE/HUMEUR – L’un a échoué à restaurer la monarchie. L’autre est en train de perdre la présidentielle. Les deux n’ont pas su profiter du boulevard qui leur était ouvert, par égoïsme et aveuglement.

Que le lecteur se rassure, il ne s’agit pas de comparer le manoir de François Fillon au château de Chambord. Mais l’attitude du candidat de la droite à la présidentielle rappelle, à bien des égards, la tentative ratée de restauration monarchiste, après 1870, par Henri d’Artois comte de Chambord. Explications.

1871, l’heure des monarchistes

L’année 1871 devait être celle de la revanche des monarchistes. Ils ont la majorité absolue après les élections de février, et la Commune leur permet de réprimer dans le sang une partie de la gauche républicaine.

La déroute et la capitulation de Napoléon III à Sedan (1870) a enlevé toute légitimité aux bonapartistes. Restent Henri, comte de Chambord, le candidat légitimiste, et Philippe, comte de Paris, le candidat orléaniste.

Lire aussi : François Fillon, candidat « victime » et inaudible

Le comte de Chambord est le plus âgé, a davantage de légitimité et de députés. De plus, son mariage est stérile, et il n’a aucun héritier. Il pourrait donc faire un « ticket » avec le comte de Paris, en faisant de lui son successeur. Cela passerait par une paix entre légitimistes et orléanistes, qui se déchirent depuis que Louis- Philippe d’Orléans, aïeul de Philippe, avait renversé Charles X, aïeul d’Henri, en 1830.

Mais le comte de Chambord refuse de faire le moindre compromis. Il ne reçoit pas les orléanistes, et répète son attachement au drapeau blanc des Bourbons, plutôt qu’au drapeau tricolore, héritage de la Révolution française. Cette attitude maladroite, largement déconnectée de la réalité, suscite l’incompréhension générale.

Entêtement

Les monarchistes de bonne volonté vont tout tenter pour le faire changer d’avis, ou pour qu’il abdique en faveur de son cousin. Mais il tient son droit au trône de Dieu et du sang : personne ne peut le remplacer, et rien n’ébranlera ses convictions, et il repart en exil dès juillet 1871. En 1873 il est enfin prêt au compromis, mais le moment est passé, et les monarchistes préfèrent attendre son décès.

Henri comte de Chambord était un homme droit, extrêmement pieux, avec une grande idée de la France et de la monarchie. Mais ses erreurs, ses maladresses, et son manque d’intelligence tactique et politique ont causé cet immense gâchis pour la monarchie. Par lassitude, la droite orléaniste, modérée, préfère rallier la République. Quand Henri meurt enfin en 1883, il est trop tard pour Philippe d’Orléans.

La droite conservatrice va se retrouver dans l’opposition pendant des décennies. Faute d’accéder au pouvoir, elle se concentre – sans grand succès – sur la défense du catholicisme, contre la République. Elle se nourrit d’une contre-culture paranoïaque, avec ses propres journaux. Ce n’est qu’en 1914 que la droite conservatrice reprend sa place dans la société, le patriotisme gommant les vieilles blessures.

Les occasions ratées de Fillon

Quel rapport avec François Fillon ? Pour ses partisans c’est un homme droit, catholique et authentique. Mais déjà en 2012 il avait fait la preuve de ses faiblesses contre Jean-François Copé. Premier ministre sortant, il était le candidat légitime, et aurait dû gagner très largement gagner la présidence de l’UMP (aujourd’hui appelé « Les Républicains »). Il y a peut-être eu un peu de triche des deux côtés. Mais si Fillon avait reçu 70% des voix, ce qui était attendu, la triche n’aurait pas eu d’impact.

Fillon n’avait pas vraiment fait campagne, ne s’était pas occupé de l’organisation du vote, et il avait une attitude revancharde contre Nicolas Sarkozy et ses partisans. Ce manque de lucidité lui coûta l’élection. Il mit ensuite son parti à feu et à sang, en créant un groupe parlementaire dissident – Rassemblement-UMP – de 68 députés. Ce que même Ségolène Royal n’avait pas osé en 2008 contre Martine Aubry. Elle au moins avait le sens du collectif.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? C’était une élection pliée d’avance, le pays aspirant à l’alternance après le quinquennat de François Hollande. François Fillon avait déjà réussi à semer le doute, par son manque de leadership à droite, et sa rigidité idéologique. Arrive cette affaire : les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, beaucoup d’hypocrisie, et une gestion de crise si calamiteuse qu’elle doit renier chaque jour les engagements pris la veille.

Comme le comte de Chambord en 1871, François Fillon est en train de gâcher une occasion en or, par égoïsme et aveuglement. Chambord, dernier héritier des Bourbons, était de ce fait irremplaçable. Sacré par la primaire, Fillon est le seul à pouvoir décider d’abdiquer. Mais cette fois ni Nicolas Sarkozy ni Alain Juppé ne pourront réparer le parti après le désastre annoncé, contrairement à la crise de 2012 contre Jean-François Copé.

Charles Dennery est normalien, doctorant à la London School of Economics

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