« Des militants radicalisés » : le jour où Alain Juppé a cessé d’être gaulliste

« Des militants radicalisés » : le jour où Alain Juppé a cessé d’être gaulliste

FIGAROVOX/HUMEUR- Alain Juppé a confirmé ce lundi qu’il ne serait pas candidat face à François Fillon, dont il a fustigé le comportement. Pour Éloïse Lenesley, il continue à «torpiller» coûte que coûte le candidat investi par «Les Républicains».


Journaliste, Éloïse Lenesley collabore notamment à Causeur.


Alain Juppé a attendu son heure, qui n’est jamais venue. Souvent, il s’est déclaré «disponible». Il était le sage, le pacificateur droit dans ses bottes qu’on appelait à la rescousse pour arrondir les angles. Celui dont on avait réclamé l’arbitrage pour clore le combat de coqs opposant Fillon et Copé à l’issue des élections rocambolesques pour la présidence de l’UMP en 2012. Fillon s’y était déjà vu voler sa victoire. Oserait-on lui confisquer à présent celle censée le mener vers la fonction suprême?

Depuis fin janvier, François Fillon se bat contre les turbulences judiciaires qui se sont employées à le faire vaciller de son piédestal de favori, et qui voudraient le voir renoncer. Son avocat Antonin Lévy le proclame: «ce dossier est une passoire. Dans les dix-neuf procès-verbaux, il n’y a pas une seule personne qui indique que c’est un emploi fictif». Certains juristes, tels maître Philippe Fontana sur LCI, ont évoqué un «coup d’État institutionnel». Pensez donc, déterrer une vieille affaire d’emploi prétendument fictif, quasiment impossible à démontrer, et l’instruire soudain au pas de charge à quelques semaines du premier tour, en brandissant comme un épouvantail une hypothétique mise en examen! Fillon a d’abord crié au complot avant de s’excuser devant des dizaines de milliers de personnes au Trocadéro.

Alentour, les prétendants se disputaient déjà la dépouille en fomentant la mutinerie. Nom de code: plan B ; cette «désertion sans honte et sans orgueil». Les amis si clairsemés par la bourrasque du carriérisme se sont envolés vers Alain Juppé, que tant d’adeptes du centre, de la droite molle et… de la gauche auraient rêvé de voir gagner cette primaire. En coulisse, commençait même la chasse aux parrainages. Mais François Fillon entend aller «jusqu’au bout». Ne rien céder face au tribunal médiatique qui a déjà acté sa culpabilité. Réaffirmer sa détermination «au service de l’intérêt général», dimanche 5 mars, sous les éclaircies du Trocadéro où s’entassait la ferveur populaire qui, elle, ne l’a pas abandonné.

Alain Juppé n’est pas un imbécile. Muré dans le mutisme jusqu’à aujourd’hui, il savait qu’accepter de remplacer François Fillon au pied levé assénerait une fracture durable à sa famille politique. La droite en ressortirait morcelée, honteuse, chancelante, voire ridicule. Ou pire: nimbée des réminiscences du fratricide électoral Chirac-Balladur en 1995, si Fillon décidait de se maintenir dans la course. Et à ce petit jeu-là, c’est généralement le traître qui perd. C’eût été, aussi, anéantir le concept même -déjà contesté à droite- des primaires, en faisant fi du choix légitime qu’elles avaient initié. Que subsistera-t-il de l’héritage gaulliste dans un parti dont les membres sont incapables de respecter les résultats d’un référendum en 2005, de se choisir un chef sans truquer le vote de ses militants en 2012 ou de soutenir son candidat à la présidentielle intronisé par les urnes en novembre 2016? Quelle serait la cohérence de remplacer un candidat pâtissant d’un acharnement judiciaire, mais présumé innocent, par un autre qui fut poursuivi et condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris? En outre, Alain Juppé s’est depuis longtemps éloigné de la frange de l’électorat de droite attachée aux thématiques de l’identité, de la sécurité, et résolument réfractaire aux appétences multiculturalistes du maire de Bordeaux. En cas de désistement -subi ou consenti- de François Fillon, ceux-là seraient probablement davantage tentés par l’abstention ou par un vote frontiste.

Alain Juppé sait qu’il n’incarne ni «l’exemplarité» ni le «renouvellement» qu’attendent les Français. «Il est trop tard», reconnaît-il. Il ne se présentera pas. Mais, au lieu d’appeler au rassemblement, à la cohésion, le voilà qui se livre à un dégommage en règle du candidat Fillon. Il pointe son «obstination» ; il critique «l’impasse» de sa stratégie de défense dénonçant un «prétendu complot» et un «assassinat politique» (ce que le principal intéressé a tempéré au Trocadéro) ; il lui reproche de n’avoir conservé derrière lui qu’un «noyau radicalisé» (!) des sympathisants LR. Bref, il dilapide la moitié de son intervention télévisée à carboniser l’image de François Fillon. Cette posture fait écho aux déclarations de Nicolas Sarkozy, qui propose une réunion dans l’urgence pour préparer une «voie de sortie digne». Digne? La dignité se logerait-elle de nos jours dans les trahisons en série, les revirements opportunistes, les sabotages perfides, les dérobades décomplexées?

Ainsi en a décidé la meute. Coûte que coûte, elle torpille celui dont elle ne voulait pas et que personne n’avait vu venir, elle crache sur sa ténacité, elle prophétise son éviction du second tour en agitant le chiffon rouge du «fanatisme» du FN ou de «l’immaturité» de celui qui fut «l’instigateur de la politique économique» de François Hollande. En somme, si la droite perd, ce sera exclusivement la faute de Fillon. Chacun s’exonère en amont de sa part de responsabilités avant même les résultats du scrutin. Les bourgeonnements printaniers de la fausse vertu puisent leur engrais dans la couardise. Alain Juppé va jusqu’à caricaturer l’électorat du Trocadéro, qui ne serait donc qu’un vulgaire ramassis de réacs cathos. «Radicalisés!» pour une foule calme qui agite des drapeaux tricolores! Avec ce terme il a confirmé qu’il n’avait plus grand-chose d’un gaulliste.http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/03/06/31001-20170306ARTFIG00180-des-militants-radicalises-le-jour-o-alain-juppe-a-cesse-d-etre-gaulliste.php

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