Les six points faibles de la défense de François Fillon

Les six points faibles de la défense de François Fillon

De sa position sur la mise en examen à sa volonté d’être « irréprochable », en passant par ses propos sur l’indépendance de la justice, le candidat LR n’est pas toujours cohérent, ni dans le vrai

Lors d’une allocution de huit minutes mercredi à son QG de campagne, François Fillon a annoncé qu’il maintenait sa candidature à l’élection présidentielle et exposé sa ligne de défense, évoquant notamment un « assassinat politique ». Mais au fil des semaines, son discours a parfois changé et certains de ses arguments sont flous ou inexacts.

1. La mise en examen

Ce mercredi, les premiers mots de François Fillon ont été ceux-ci : « Mon avocat a été informé que je serai convoqué le 15 mars par les juges d’instruction afin d’être mis en examen. » L’ancien Premier ministre a ensuite affirmé qu’il ne se « retirerait pas » de la course à l’Élysée.

S’il n’est pas encore formellement inculpé – il peut être placé sous le statut de témoin assisté ou ne faire finalement face à aucune poursuite – cette issue est la plus probable. Il avait pourtant répété à plusieurs reprises durant les mois qui ont précédé le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre qu’une mise en examen était la seule raison qui le contraindrait à ne pas se présenter. Il l’a notamment dit sur TF1 fin janvier :

Dès le mois d’octobre, sur France 2, il avait tenu des propos similaires et ajouté : « Je ne changerai pas de discours. Quand je prends une position, je la garde« . Durant un meeting à l’été 2016, il avait lancé dans une pique à l’adresse de Nicolas Sarkozy : « Qui imagine le général De Gaulle mis en examen ? ».

2. L’impartialité et la compétence de la justice

François Fillon estime qu’il n’a « pas été traité comme un justiciable comme les autres » et en veut pour première preuve que « l’enquête préliminaire a été ouverte en quelques heures ». Effectivement, le parquet national financier (PNF) a ouvert cette enquête le jour des premières révélations du Canard Enchaîné.

Mais le PNF a pour habitude d’aller vite : une enquête préliminaire avait été ouverte le lendemain du premier article du Monde sur les Panama Papers en avril 2016. Dans le cas des Football Leaks, c’était trois jours plus tard.

« Il est sans exemple, dans une affaire de cette importance, qu’une convocation aux fins de mise en examen soit lancée quelques jours à peine après la désignation des juges« , a également déclaré François Fillon ce mercredi. Le cas de Jérôme Cahuzac montre que c’est faux, comme le rappelle un journaliste de France 2 sur Twitter :

Non, pas de rapidité exceptionnelle des juges. Cahuzac avait été convoqué en 2013 après 14 jours d’information judiciaire (19 pour Fillon).

3. Des membres de la famille comme attachés parlementaires

François Fillon l’a affirmé ce mercredi : « J’ai confié, comme près du tiers des parlementaires, des travaux à mes proches parce que je savais pouvoir compter sur leur confiance et leurs compétences. »

La proportion avancée n’est pas exacte : 59 sénateurs sur 348 emploient un membre de leur famille comme attaché parlementaire (selon les chiffres du Sénat arrêtés au 31 décembre 2016), et c’est le cas pour 112 députés sur 577 d’après l’enquête de France 2. Soit seulement 18,5% des parlementaires et non « près du tiers ».

4. L’emploi de ses enfants

Sur le plateau du JT de TF1 fin janvier, François Fillon l’avait avoué spontanément : « Lorsque j’étais sénateur, il m’est arrivé de rémunérer pour des missions précises deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences », a indiqué celui qui a siégé à la chambre haute du 18 septembre 2005 au 17 juin 2007, père de cinq enfants. Or, Marie Fillon, sa fille aînée, a prêté serment le 14 novembre 2007 et Charles, le deuxième enfant de la fratrie, le 29 juin 2011.

Selon Le Monde, qui citait le procès-verbal d’audition, François Fillon a déclaré aux enquêteurs au sujet de son fils, qu’il l’avait « aidé en travaillant au programme du candidat à l’élection présidentielle (Nicolas Sarkozy, NDLR) sur des sujets institutionnels » et que sa fille avait fourni « un gros travail documentaire » pour la préparation de son livre. Deux activités assez éloignées du métier d’avocat et/ou d’assistant parlementaire.

5. Les dates de l’emploi de sa femme

Sur TF1 toujours, François Fillon soulignait que son épouse « était rémunérée depuis 1997 » comme attachée parlementaire. Dix jours plus tard, dans sa conférence de presse du 6 février placée sous le signe de la « transparence », il indiquait : « Mon épouse a commencé à être rémunérée en 88 ». Mais le soir même, dans le tableau qu’il publiait sur son site officiel, il est mentionné qu’elle a perçu ses premiers salaires en… 1986.

François Fillon a expliqué ces imprécisions par l’émotion suscitée par ces révélations (« j’ai été déstabilisé par cette accusation ») et dit avoir d’abord « fait confiance aux chiffres du Canard Enchaîné » avant de réussir à mettre la main sur l’ensemble des bulletins de salaire de sa femme.

6. L’irréprochabilité

Lors de cette même conférence de presse, il a répondu aux accusations d’emploi fictif de Penelope Fillon :

« Tout cela était légal. Mais suis-je pour autant quitte sur le plan moral ? Cette question éthique est si élevée, si essentielle, qu’elle me place face à ma conscience et face aux Français. […] En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd’hui suscite la défiance. C’était une erreur. Je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français. »

En octobre, sur Public Sénat, François Fillon était pourtant très clair : « Personne ne me retirera cette caractéristique de ma conduite politique : l’éthique et la morale sont fondamentales. » Morale qui est donc remise en cause, selon ses propres mots, mais visiblement pas au point de ne plus être candidat.

 http://www.sudouest.fr/2017/03/01/les-six-failles-de-la-defense-de-francois-fillon-3238926-4706.php
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