Affaire Fillon : comment analyser sa stratégie de défense ?

Affaire Fillon : comment analyser sa stratégie de défense ?

François Fillon a affirmé ce mercredi sa volonté de se maintenir, malgré sa probable mise en examen et ses soucis d’éthique. Décryptage avec un politologue.

Faux suspense ! Bien que convoqué par le juge en vue de sa mise en examen dans l’affaire de l’emploi fictif présumé de son épouse, François Fillon a annoncé ce mercredi en conférence de presse sa volonté d’aller « jusqu’au bout ». Coûte que coûte.

Au profit des rumeurs, le candidat de la droite a réussi à relayer l’information de sa convocation chez le juge au second plan. Après celle du maintien de sa candidature.

Vincent Tournier, maître de conférence en sciences politiques à Sciences Po Grenoble, décrypte la stratégie de défense du candidat Les Républicains.

La stratégie de François Fillon est-elle viable sur le long terme ?

« La situation de François Fillon devient effectivement difficile »

La situation de François Fillon devient effectivement difficile. On peut d’ailleurs se demander s’il n’a pas envisagé de se retirer, ce qui ne serait pas impossible compte-tenu des informations disponibles. Le candidat des Républicains se heurte aujourd’hui à deux obstacles.

Le premier est évidemment la procédure judiciaire. Certes, on peut s’étonner de la célérité de la justice dans cette affaire, et même trouver problématique qu’une telle procédure ne soit pas mise en attente le temps de la campagne électorale (surtout en sachant qu’au pire des cas, les éventuelles sanctions judiciaires resteront minimes).

Il n’en reste pas moins que François Fillon va se retrouver avec un énorme boulet aux pieds, et d’autant plus énorme que lui-même a fait d’une mise en examen un critère de renoncement à la candidature. C’est une contradiction qu’il va devoir gérer.

Cela risque de pouvoir servir. François Fillon le 26 janvier dernier sur TF1.

Le second obstacle est encore plus délicat car il est de nature électorale : c’est le fait que sa candidature soit maintenant concurrencée par celle d’Emmanuel Macron. Naturellement, les choses peuvent évoluer, mais il n’en reste pas moins que, manifestement, le projet libéral-identitaire de François Fillon est moins porteur que le projet libéral-cosmopolite d’Emmanuel Macron.

Deux stratégies s’offrent donc désormais à François Fillon : soit un recentrage pour tenter de récupérer les électeurs de centre-droite, soit une radicalisation à droite pour empiéter sur les terres du FN. Chacune de ces stratégies comporte des risques.

Quels candidats ont le plus à gagner du maintien de Fillon dans ces conditions ?

Il y a manifestement deux types de gagnants. Le premier est Emmanuel Macron, lequel bénéficie désormais d’un large boulevard au centre, surtout après le ralliement de François Bayrou ; il va pouvoir continuer à déployer sa stratégie médiatique très subtile qui consiste à semer alternativement le trouble et l’attention, tout en cultivant le flou.

Le second gagnant est l’attelage Mélenchon-Hamon car les deux vont pouvoir mettre en avant les enjeux éthiques et judiciaires, tout en se servant du projet de François Fillon comme d’un épouvantail, que ce soit sur le plan économique ou sur le plan sociétal, même si cela ne suffira pas à compenser le handicap que constitue leur division.

Il faut enfin dire un mot de Marine Le Pen. Pour elle, le maintien de François Fillon est plutôt une mauvaise nouvelle car elle aurait tout intérêt à se retrouver face à Emmanuel Macron, son contre-modèle quasi parfait, ce qui lui permettrait aussi de récupérer une partie des électeurs de François Fillon.

Malgré tout, la candidature de François Fillon peut quand même l’aider. Elle lui offre en effet une certaine caution puisqu’elle lui permet d’une part de relativiser l’importance de ses propres affaires judiciaires, lesquelles peuvent être jugées moralement moins graves que celles de la famille Fillon, d’autre part de banaliser ses propositions concernant l’identité nationale ou l’insécurité.

Si jamais il est élu, François Fillon risque d’être très fragilisé dès son début de mandat. Comment pourra-t-il appliquer les mesures très clivantes qu’il promet ?

C’est très vraisemblable, d’autant qu’en cas de victoire pour lui, la procédure judiciaire va être légalement gelée le temps de son mandat, ce qui va faire de cette question un serpent de mer.

Cela dit, il ne faut pas s’illusionner : quel que soit le vainqueur de l’élection, il y aura des tensions. Une victoire d’Emmanuel Macron ou de Benoît Hamon susciterait autant de ressentiment qu’une victoire de Fillon. C’est d’ailleurs tout le problème aujourd’hui.

La société française est traversée par des clivages très intenses qui sont liés à la mondialisation, à l’Europe ou encore à la question migratoire, incluant l’islam. Sur toutes ces questions, les intérêts et les points de vue divergent désormais très fortement, au point de paraître irréconciliables. Il va donc être difficile de trouver des compromis.

C’est pourquoi des épreuves de force sont inéluctables car il faudra bien résoudre ces clivages. Les clivages seront d’autant plus intenses que la campagne électorale laisse en jachère certains débats. Par exemple, il est frappant de voir que les candidats font tout pour éviter de parler de la laïcité, alors même que ce sujet est devenu central et clivant.

 http://www.sudouest.fr/2017/03/01/affaire-fillon-comment-analyser-sa-strategie-de-defense-3238836-4706.php
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