François Fillon tente d’enrayer les défections dans son camp

Jusqu’à présent ce sont les socialistes qui faisaient monter le Front National, maintenant c’est nous. J’ai honte de ma droite.

François Fillon tente d’enrayer les défections dans son camp

VIDÉO – Après Bruno Le Maire et ses soutiens mercredi, ce sont les proches d’Alain Juppé qui ont à leur tour annoncé jeudi qu’ils quittaient l’équipe de campagne de François Fillon.

Non, la campagne de François Fillon ne reprendra pas son cours normal. En assurant une nouvelle fois contre vents et marées qu’il maintenait sa candidature, l’ancien premier ministre avait l’espoir de gagner quelques jours de répit. Avec un grand discours programmatique samedi, devant 3 000 personnes à Aubervilliers, et un rassemblement dimanche au Trocadéro, où sont espérés plus de 50 000 soutiens, le candidat entend faire taire définitivement ceux qui contestent sa légitimité et ceux qui doutent de sa capacité à conduire les Républicains à la victoire. Dans l’esprit de son équipe, c’est donc son va-tout qu’il joue ce week-end. «Si la place du Trocadéro est noire de monde dimanche, la campagne est relancée. Si elle est vide et balayée par le vent, c’est terminé», pronostiquait jeudi matin Bruno Retailleau, fidèle parmi les fidèles. Mais encore faut-il tenir jusque-là.

La journée de jeudi a commencé par une perquisition du domicile parisien des Fillon dans le cadre de l’enquête sur l’emploi de Penelope. Et ce n’était qu’un début. Tandis que François Fillon arpentait les routes du Gard (lire ci-dessous), une agitation croissante et grondante a saisi les rangs des Républicains et son équipe de campagne à Paris. Plausible plan de secours en cas de défaillance du candidat, Alain Juppé bat le rappel de ses troupes depuis deux jours. Mercredi, le maire de Bordeaux a confirmé à François Fillon qu’il ne ferait pas un pas de plus vers une candidature tant que le député de Paris restait en lice pour la présidentielle. Il lui a également dit qu’il lui revenait de prendre cette décision et de l’annoncer. Mais Alain Juppé a également été «extrêmement clair» avec son ancien concurrent de la primaire – rapporte un juppéiste – en lui expliquant qu’il ne pourrait soutenir plus longtemps sa candidature. Et si l’ancien premier ministre de Jacques Chirac se garde de critiquer publiquement le vainqueur de la primaire, «il refuse d’endosser une quelconque responsabilité dans la défaite qui s’annonce», raconte un interlocuteur de l’ancien premier ministre.

Conséquence directe: les juppéistes qui avaient été intégrés dans l’équipe de campagne de François Fillon ont, les uns après les autres, annoncé leur retrait durant la journée de jeudi. Après Fabienne Keller mercredi soir, Benoist Apparu, Édouard Philippe et Christophe Béchu ont à leur tour décidé de ne plus soutenir le candidat et de se retirer de sa campagne. «Nous avons soutenu François Fillon aussitôt après la primaire. Y compris lorsqu’il nous a demandé de l’aider à affronter les difficultés auxquelles il a dû faire face», soulignent-ils. Mais «la tournure que prend aujourd’hui la campagne nous paraît incompatible avec notre façon d’envisager l’engagement politique», ajoutent-ils pour expliquer leur retrait. Le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne partage leur inquiétude. «À partir du moment où on se rend compte qu’on n’est plus en capacité d’unir la famille, est-on en capacité d’unir la France? La question est posée. Et je demande au candidat de se la poser», a-t-il expliqué sur Public Sénat.

Dans le staff du QG, aussi, les démissions se multiplient. Après Vincent Le Roux, le codirecteur adjoint de la campagne de François Fillon, David Teillet – qui était le chef de cabinet d’Alain Juppé pendant la primaire – a quitté ses fonctions. Gilles Boyer, le bras droit d’Alain Juppé, qui avait été nommé trésorier de la campagne de François Fillon, a suivi le mouvement.

Bruno Le Maire s’active depuis mercredi pour imposer l’idée d’une candidature du maire de Bordeaux. Son retrait laisse lui aussi des traces dans l’équipe de François Fillon. Jeudi matin, c’est le directeur adjoint de la campagne, Sébastien Lecornu, qui a remis sa démission. Avec le départ de ses deux adjoints, Patrick Stefanini se retrouve seul directeur de campagne. «Je ferai avec, comme pendant la primaire», explique-t-il. Dimitri Lucas, l’ancien conseiller presse de Bruno Le Maire, et Hugues Anselin, qui travaillait sur les déplacements de Nicolas Sarkozy, avaient eux aussi rejoint le staff du candidat ; ils sont également sur le départ.

Dominique de Villepin sort de son silence

Les réseaux de Bruno Le Maire sont également à la manœuvre dans la rédaction d’un appel des maires des grandes villes de France en faveur d’un retrait de la candidature de François Fillon. Arnaud Robinet (Reims), Jean Rottner, Édouard Philippe (Le Havre) comptent parmi les premiers signataires. Prédécesseur de François Fillon à Matignon, Dominique de Villepin est également sorti de son silence pour expliquer, dans une tribune au Figaro, que le candidat «emporte son camp dans une course vers l’abîme».

Le doute gagne également les rangs des sarkozystes, qui ont prévu de se réunir mardi matin pour «réfléchir aux conditions de succès de leurs idées». Dans un tweet rageur, Gérald Darmanin, ancien soutien de Nicolas Sarkozy, a estimé que «jusqu’à présent ce sont les socialistes qui faisaient monter le Front national». «Maintenant c’est nous. J’ai honte de ma droite», a-t-il ajouté.

Jusqu’à présent ce sont les socialistes qui faisaient monter le Front National, maintenant c’est nous. J’ai honte de ma droite.

«Personne ne peut démettre François Fillon mais il faut pourtant que l’on s’en défasse», déplore de son côté l’un des lieutenants de l’ancien président. Le décompte des élus qui font défection grossissait heure après heure jeudi pour atteindre plus d’une cinquantaine en milieu de soirée.

À en croire les fillonistes, l’ex-chef de l’État a pourtant assuré une nouvelle fois le candidat de son soutien mercredi. Jeudi matin, lors d’une réunion organisée autour de François Fillon avant son départ pour Nîmes, François Baroin a lui même martelé qu’il n’y avait «pas de plan B possible» et qu’Alain Juppé n’avait «pas de légitimité». En face de lui, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Virginie Calmels se sont montrés beaucoup plus prudents, chacun incitant François Fillon à réfléchir encore à ce qu’il pouvait faire. À ce qu’il devait faire dans les heures qui viennent. Pécresse l’a exhorté à ne pas transformer le rassemblement du Trocadéro en manifestation antijuges. «Si c’est le cas, je ne pourrai en être», a expliqué la présidente de la région Ile-de-France. Xavier Bertrand, lui, a accordé un ultime sursis jusqu’à dimanche, attendant du candidat qu’il prouve sa capacité à rassembler le parti et à redresser la barre dans les sondages. «Le plan B n’existera que si je dépose les armes et je n’en ai pas l’intention», leur a répondu le candidat.

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