Affaire Fillon : autopsie d’un désastre

EXCELLENT ARTICLE A LIRE DE A A Z ….

Affaire Fillon : autopsie d’un désastre

EDITO. Au lieu d’exfiltrer immédiatement François Fillon, les ténors des Républicains ont fait primer les petits calculs politiques. Et retardé d’autant la nécessaire sortie du candidat « suspect ».

François Fillon l’entêté, enfermé dans un déni quasi mystique, pour ne pas dire christique, celui du martyr portant la croix, sous les crachats et les huées. L’image pourrait contenter les lyncheurs publics, tant ce que nous vivons a une dimension effarante, irrationnelle, de l’ordre du religieux. Fillon coupable de tous les maux, entraînant son camp vers le précipice, comme un kamikaze japonais, un Néron de l’ère du numérique ? Attention au jugement hâtif, à la faute de cares.

Réduire la pièce politique à laquelle nous assistons à une forme d’acharnement thérapeutique d’une poignée de militants protégeant leur champion, serait singulièrement réducteur. François Fillon seul coupable ? Evidemment, non. Depuis plus d’un mois, la droite française joue une partie de poker menteur avec « le condamné à mort ». Dès les premières minutes, après la parution de la bombe du « Canard enchaîné », les vieux briscards des Républicains savaient que le Penelopegate allait dérouler sa pelote de malheur avec la régularité d’un métronome. Ils savaient que la malédiction s’écoulerait, au compte gouttes, sur la candidature du « marquis de Sablé », comme un acide insidieux. Un supplice chinois.

Les calculs ont pris le pas

Leur expérience leur dictait de réagir vite, avant la mise en bière. Pourquoi donc n’ont-ils pas débranché le « candidat suspect » en urgence ? Certes, arguaient-ils, il y avait la légitimité de la primaire, ce suffrage universel qui fait croire aux hommes politiques qu’ils sont devenus intouchables. Certes, le scandale dévoilé ne les empêchaient pas de brandir la présomption d’innocence, comme un étendard salvateur. Certes, certes.

Mais, en coulisses, les écuries des candidats de la primaire ont, dès le début, repris leurs bonnes vieilles habitudes, celles des petits calculs politiciens. Il y avait ceux qui se positionnaient déjà dans l’après-défaite, ceux qui ne voulaient pas d’un Juppé aux portes du pouvoir, ceux qui escomptaient la trêve des juges, ceux qui barraient la route d’un cadet, remplaçant au pied levé, François Baroin, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez, voire Valérie Pécresse, un Macron version droite moderne.

Il y avait ceux qui ne voulaient pas voir Nicolas Sarkozy jouer les faiseurs de roi. Et pourtant, l’ancien président, durant toute cette phase ubuesque, a joué un rôle central. Il a tenté de trouver une sortie de crise. Paradoxe : celui que son camp avait rejeté a gardé la main, alors que ce travail de rassembleur aurait dû être le travail d’Alain Juppé.

Exfiltrer « F le maudit »

Mais le maire de Bordeaux, comme à son habitude, est resté sur son quant à soi, attendant, dédaigneux, que les ténors de LR viennent l’implorer, le supplier, presque à genoux, de les sauver du désastre. Plusieurs de ses proches lui avaient pourtant conseillé de sortir du bois, de prendre des risques, transgresser, se déclarer au plus vite, sans faire la fine bouche. En vain. En jouant la montre, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac a laissé le venin de la défaite pénétrer dans la machine infernale. Terrible constat qui a entraîné notre pays, devenu la risée de toute l’Europe, dans une pantomime grotesque.

En étant incapables de trancher dans le vif dès les premiers jours, en jouant au bal des hypocrites, les patrons de la droite ont laissé l’homme des emplois fictifs devenir lui–même un candidat fictif. Hier encore, en privé, certains d’entre eux se comparaient à la secte du Temple Solaire, résignés, les uns et les autres, à l’immolation prochaine.

Ils ont encore une chance d’éviter le précipice. En désignant dans les heures qui viennent un remplaçant au « forcené de la Sarthe ». Il faut exfiltrer « F le maudit » avant que la maison ne brûle totalement. Pas seulement pour que la droite, toujours prisonnière des démons de la division, ne soit pas un champ de ruines, mais pour qu’elle joue pleinement son rôle. Pour la démocratie, tout simplement. Kidnapper Fillon ? Décréter une « alerte enlèvement » ? Nous y sommes…

Serge Raffy           http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170303.OBS6055/affaire-fillon-autopsie-d-un-desastre.html

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