La fin du clivage droite-gauche avec l’avènement du tripartisme

Si les candidats du PS et des Républicains sont éliminés au premier tour, les extrêmes deviendront les seules forces d’alternance.

La fin du clivage droite-gauche avec l'avènement du tripartisme Le Pen, Macron et Mélenchon

Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, l’élection présidentielle de 2017 risque de voir exclu du second tour le Parti socialiste et Les Républicains, laissant la place aux extrêmes.

Même si le résultat de l’élection présidentielle n’est pas encore écrit, cette campagne, à nulle autre pareille, entrera sans doute dans les livres d’Histoire. Sous nos yeux est en train de se détricoter le système politique qui gouverne le pays depuis bientôt 60 ans. De la Vème République, on ne souligne, en général, que le caractère présidentiel et la stabilité politique qu’elle a fait naître après les désordres des dernières années de la IVème. En vérité, elle a surtout produit, grâce au scrutin majoritaire à deux tours, une organisation démocratique réelle, efficace, fondée sur le bipartisme et permis à l’alternance droite-gauche de voir le jour. Long accouchement puisqu’il a fallu 23 ans pour que ce paysage se mette en place. Il revient, d’ailleurs, à François Mitterrand, grand architecte du rassemblement de la gauche sous la tutelle d’un Parti socialiste dominant, d’avoir compris mieux que quiconque que ce dispositif permettrait l’alternance. Elle survint en 1981 et elle est, depuis 36 ans, le fait majeur de notre vie politique: tout au long de cette période la gauche n’a-t-elle pas gouverné 20 ans et la droite 16! L’alternance et le respect de l’état de droit fondé sur le triptyque «liberté, égalité, fraternité» constituent les fondements même de ces trois grosses décennies de démocratie française

Cette époque est sans doute en train de s’achever. Nous assistons aux funérailles conjointes du général de Gaulle et de François Mitterrand, les deux grands inspirateurs de cette brève tranche d’Histoire. Sous nos yeux, en effet, le bipartisme droite-gauche s’est transformé en un quinquapartisme avec les candidatures de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen. Période de transition car, à l’issue du scrutin, les deux rassemblements traditionnels de gauche et de droite pourraient bien se décomposer face à l’émergence d’un tripartisme inédit dans notre pays.

Un tripartisme inédit

Si l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron se confirme dans les semaines qui viennent, nous assisterons en effet à un effondrement brutal des deux grandes forces qui structuraient jusque-là notre vie publique: le parti post-gaulliste, les Républicains, d’une part, le parti socialiste post-mitterrandien, d’autre part, sont promis au chaos. Tout se met en place pour que ces deux édifices s’écroulent. Les enquêtes d’opinion le montrent: une partie de l’électorat de droite est prêt à se rallier à une extrême droite qui, même battue, sortira en position de force de ces présidentielles: le Front national est toujours dans une phase de conquête ; scrutin après scrutin, il élargit sa base électorale. Il pourra d’autant mieux le faire que le vent de la déroute soufflera sur les Républicains si François Fillon est éliminé au premier tour. La guerre de succession sera féroce sur ces décombres. Bref, la droite républicaine est menacée de désagrégation au profit d’une extrême droite habilement ripolinée qui chasse sur ses terres traditionnelles: l’ordre et l’autorité.

Les perspectives ne sont pas meilleures pour le Parti socialiste. Pris en étau entre le progressisme d’Emmanuel Macron, aimant pour les sociaux-réformistes, et la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, qui a juré sa perte, le PS voit son espace fondre comme neige au soleil. Le «tout à gauche » de Benoît Hamon n’y changera rien car cette stratégie ne peut résister à la radicalité de Mélenchon. Là encore, une victoire d’Emmanuel Macron devrait conduire au renforcement de l’extrême gauche sur les débris du PS et à un affaissement terrible de la gauche dite de gouvernement. C’est donc un tripartisme inédit qui pourrait sortir des urnes, avec une force centrale hétérogène, flanquée de  deux forces extrémistes. Et pour perspective une alternance impossible, sauf à voir le pays soudain basculer aux extrêmes.

La responsabilité de la perte de confiance

Certes, nous sommes encore à huit semaines du scrutin mais cette perspective devient chaque jour plus crédible. Comment la France a-t-elle pu en arriver là? La responsabilité première en revient évidemment aux acteurs de ces 36 années d’alternance. Ce qui aurait dû être la consécration de notre organisation démocratique a été sacrifiée sur l’autel du pouvoir. Le conquérir est devenue l’obsession de la gauche et de la droite dans un jeu qu’ils croyaient sans risque. Ils pouvaient perdre la partie une fois, ils avaient toutes les chances de la gagner la fois suivante. Leurs intérêts électoraux, sans parler de l’intérêt personnel de certains, sont ainsi devenus plus importants que l’intérêt général, expression aujourd’hui évacuée du langage politique.

Les politiques de droite et de gauche ont été trop souvent clientélistes, ciblées, incapables de répondre aux enjeux nationaux, de proposer un projet d’intérêt commun, de prôner l’effort de tous pour relever les défis du chômage et des déficits, d’expliquer même l’état du monde pour en tirer des leçons sur l’avenir de l’Europe et le destin de la France en son sein. Présidence après présidence, les échecs se sont répétés et la confiance dans les deux grands partis d’alternance s’est envolée. La faute en incombe au premier chef aux occupants de l’Elysée, incapables depuis trois décennies de prendre le destin du pays à bras le corps en oubliant leur destin personnel. Leur seule ambition aura été de se faire réélire. Feuilleton désastreux qui se termine en pantalonnade avec le renoncement de François Hollande apeuré par l’idée même de la défaite alors qu’il a tout mis en œuvre pour trouver les chemins de la réélection. Comme son prédécesseur, il devrait méditer cette phrase du roi Henri VI de Shakespeare avant de disparaître: «C’est ainsi que le berger négligent fuit devant le loup ; c’est ainsi que le mouton inoffensif cède d’abord sa toison, et puis sa gorge au couteau du boucher.»https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/la-fin-du-clivage-droite-gauche-avec-l-avenement-du-tripartisme-le-pen-macron-et-melenchon_457021?xtor=RSS-78&utm_content=bufferaaa40&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

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