À Béziers, l’accueil des migrants au cœur d’une brouille entre la Cimade et l’évêché

À Béziers, l’accueil des migrants au cœur d’une brouille entre la Cimade et l’évêché

La Cimade reproche au diocèse de l’Hérault d’avoir refusé de lui louer un bâtiment destiné à accueillir les demandeurs d’asile.

L’évêché s’en défend et regrette une « médiatisation » visant à lui forcer la main.

Chaîne humaine organisée par la Cimade pour la défense du droit des étrangers et des plus démunis, à Lyon, photo d’archives.

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Chaîne humaine organisée par la Cimade pour la défense du droit des étrangers et des plus démunis, à Lyon, photo d’archives. / Jean-Philippe Ksiazek/AFP

Béziers n’en finit pas de faire parler d’elle. En octobre, une campagne d’affichage dans les rues de la ville avait fait grand bruit. Sur les affiches placardées par la municipalité, on pouvait lire : « Ça y est, ils arrivent… Les migrants dans notre centre-ville ». La photo, représentant des hommes de dos devant la cathédrale Saint-Nazaire, était surmontée de la phrase : « L’État nous les impose ».

Coutumier des polémiques, Robert Ménard, maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, avait lancé cette campagne contre l’agrandissement programmé de 40 places du Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), géré par la Cimade. Cet agrément pour une extension relève en effet de l’État, les pouvoirs locaux ne pouvant émettre qu’un avis consultatif.

À LIRE : À Béziers, l’Église embarrassée face aux affiches anti-migrants de Ménard

Quelques mois plus tard, cette association protestante de solidarité active avec les migrants reproche à l’Église catholique de l’Hérault d’avoir succombé à la pression de la mairie en refusant de lui louer un bâtiment de leur propriété destiné à accueillir ces demandeurs d’asile supplémentaires.

Demande d’explications

Dans une « lettre ouverte à l’Église de l’Hérault » appelant l’Église « à mettre en accord ses paroles et ses actes », et distribuée à l’occasion de la Journée diocésaine du migrant et du réfugié, célébrée dimanche 19 février à Béziers par l’archevêque de Montpellier, Mgr Pierre-Marie Carré, la Cimade affirme que des négociations pour la location de cet immeuble étaient en bonne voie avec les « instances diocésaines », avant qu’un refus ne soit opposé peu après la campagne d’affichage, « et ce sans raison valable ».

« Un rendez-vous avec Mgr Carré, suivi d’un courrier daté du 5 janvier, resté sans réponse, ne nous ont pas permis d’obtenir une réponse claire sur les raisons de ce refus », indique la Cimade dans cette lettre au ton déterminé. « Nous regrettons, d’une part, que l’Église n’accepte pas de nous louer cet immeuble et, d’autre part, qu’elle ne se positionne pas à nos côtés face à un tel enjeu. »

À la sortie de la messe célébrée par l’archevêque à Béziers, des membres de la Cimade ont eu un « accrochage » avec le maire, qui assistait à l’office. Interrogé par la presse locale sur la lettre ouverte, ce dernier a redit son refus de toute « extension ». « L’accueil a ses limites, a-t-il assuré au Midi Libre, pour une fois que l’Église a une position courageuse, je la soutiens ». Des propos qui n’ont fait que conforter la Cimade dans sa conviction d’un lien entre la pression de la mairie et l’échec de la négociation immobilière.

« Médiatisation à outrance »

Pourtant, du côté du diocèse, l’archevêque de Montpellier tient à apporter des nuances et à replacer les choses dans leur contexte, rappelant notamment que la Cimade occupe aujourd’hui à Béziers des locaux achetés il y a plusieurs années au diocèse.

« Par ailleurs, a indiqué Mgr Carré à La Croix, la décision de vendre le bâtiment en question et non de le louer avait été prise par le diocèse dès 2012 ». Il a également souligné que la Cimade avait dans un premier temps évoqué l’idée d’un achat, avant de demander une location.

Au moment de la campagne d’affichage, le diocèse de Montpellier n’avait pas souhaité communiquer sur la question afin de permettre le bon déroulement des négociations autour du bâtiment et ne pas mettre en péril une éventuelle transaction avec la Cimade pour l’extension du Cada.

Le diocèse « a manqué de courage »

Le mois d’octobre avait été marqué dans la ville par de fortes tensions autour de l’accueil des migrants, et l’affaire des affiches avait mis en évidence un fort clivage sur cette question chez les catholiques.

Jean-Philippe Turpin, le directeur du Cada, estime que le diocèse « a manqué de courage ». Pour Mgr Carré, la démarche de « médiatisation à outrance » de la Cimade, cherchant à le « forcer à louer », est une « erreur ».

En tout état de cause, l’association a d’ores et déjà trouvé une autre solution pour accueillir les 40 demandeurs d’asile supplémentaires, qui seront logés dans des appartements du centre-ville.

 http://www.la-croix.com/A-Beziers-laccueil-migrants-coeur-dune-brouille-entre-Cimade-leveche-2017-02-27-1200827935?utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox&utm_source=Twitter&utm_term=Autofeed#/link_time=1488203006
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