Comment la gauche a perdu la guerre du bon sens et ses électorats traditionnels par la même occasion

Comment la gauche a perdu la guerre du bon sens et ses électorats traditionnels par la même occasion

Dans un entretien paru dans Libération le 6 février dernier, le philosophe Jean-Claude Michéa critiquait le parisianisme d’une certaine gauche qui n’était plus capable de regarder le peuple sans un certain mépris. La gauche semble avoir perdu le monopole du sens commun et l’éléctorat qui va avec.

Atlantico : La gauche a-t-elle vraiment abandonné tout sens commun qui lui donnait une audience forte à gauche ?

Paul François Paoli : La gauche intellectuelle a longtemps professé un mépris du sens commun considéré comme bourgeois, trivial voire réactionnaire. Il faut pour cela comprendre qu’elle a longtemps été sous l’influence du marxisme qui considère que les hommes ne sont pas conscients de ce qu’ils sont et vivent dans une illusion qui dédouble le réel, lequel est défini par les rapports sociaux fondés sur les intérêts de classe. Pour les marxistes les illusions idéologiques sociales et religieuses forment les superstructures de notre vision du monde aliéné.

Sartre poussera cette vision du monde à l’extrême et ira jusqu’à diviser les non révolutionnaires en deux catégories: les « lâches » qui justifient leur aliénation parce qu’ils prétendent ne pas pouvoir décider de leur vie et les « salops » qui fondent les rapports sociaux sur un prétendu ordre des choses naturel. Après Sartre, le structuralisme dont Michel Foucault sera un des épigones aura tendance à considérer que les individus ne sont pas vraiment les sujets de leurs actions et ce dans un monde dont les vrais ressorts ne sont pas toujours apparents. Marxistes ou structuralistes déconsidéreront le sens commun qui leur apparait comme une illusion voire une mystification. Par exemple la vulgate du gauchisme culturel en vogue dans les années 70 ringardisera la notion même « d’honnête gens » ou « d’honnête homme ». « Honnêtes gens » dans la vulgate gauchiste des années 70 signifiait mouton ou poujadiste. Or dans les classes populaires, notamment chez les ouvriers, la notion d’honnêteté ou de travail bien fait par exemple possédait une grande valeur symbolique. C’est aussi cela que Jean Claude Michéa incrimine dans une certaine gauche: un état d’esprit fondé sur le soupçon à l’égard de toute forme de modestie ou d’humilité.

Un groupe au sein des Républicains intitulé « Sens commun », qui a rejoint le mouvement après la Manif pour tous, semble montrer une récupération de la thématique de la défense des valeurs populaires par la droite : qu’est-ce qui différencie le sens commun de droite à la « common decency » d’un Orwell ?

Paul François Paoli : Le sens commun est ce qui manque généralement le plus aux idéologues radicaux, y compris ceux qui professent un certain libéralisme. Un des plus grands représentants du sens commun a été en France le sinologue Simon Leys qui, presque seul, dans un livre devenu culte « Les habits neufs du président Mao » a mis en évidence les horreurs de la révolution culturelle chinoise à une époque où une partie non négligeable de l’intelligentsia était hypnotisée par le Grand Timonier. Le sens commun n’est pas en soi une valeur populaire, c’est une forme de raison accessible à tous; Si elle apparait parfois plus accessible chez les non intellectuels que chez les intellectuels de profession c’est que ceux-ci se croient parfois plus éclairés par définition que ceux qui n’ont pas leurs références. Le sens commun n’est donc ni de droite ni de gauche, pas plus d’ailleurs que la Comun Decency d’Orwell. Il s’agit dans les deux cas de ce méfier des postures et des impostures souvent inhérents aux systèmes idéologiques.

Existe-t-il une réaction à gauche face à la fuite des votes populaires ? Quelle est sa relation avec les autres courants de la gauche ?

Paul François Paoli : Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon tentent en effet de retrouver une légitimité parmi des  classes populaires désabusées. Ils tentent de capter la colère liée au sentiment d’insécurité sociale sans admettre qu’insécurité sociale et insécurité culturelle, comme l’a mis en évidence le politologue Laurent Bouvet, sont liées.

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