L’Emission politique: Valls face à une terrible agression télévisuelle

L’Emission politique: Valls face à une terrible agression télévisuelle

A la fin de l’Emission politique, sur France 2, dont Manuel Valls était l’invité, a été dévoilé un sondage cruel pour le candidat à l’Elysée. Comme une promesse de défaite possible à la Primaire. Entre lui, Montebourg et Hamon, rien n’est joué…

Manuel Valls sur le plateau de L'Emission politique sur France 2 le jeudi 5 janvier.

Manuel Valls sur le plateau de L’Emission politique sur France 2 le jeudi 5 janvier.

(C) AFP

Et soudain, un voile noir éteint le visage du candidat. Nous sommes à la fin de l’Emission politique, sur France 2, où Manuel Valls vient de se soumettre au parcours du combattant médiatique qui est infligé à tout « grand » candidat à l’élection présidentielle. Ou en tout cas considéré comme tel. L’heure du verdict a sonné. Le sondage va parler. Dire si oui ou non le candidat a été convaincant, persuasif, intéressant, passionnant, enthousiasmant… Le sondage qui clôt la fin de l’émission, c’est comme l’affichage d’un résultat de concours à l’ancienne. C’est froid. Impitoyable. Impassible. Terrible.

Ce jeudi soir, le sondage Harris interactive de la soirée, réalisé tout au long de la l’émission, n’est pas bon pour Manuel. Pire encore, il est cruel. 29% seulement de téléspectateurs se déclarent convaincus, contre 33% pour Montebourg, et même 40% pour Hamon, invités d’émissions précédentes. Pire encore, chez les sympathisants de gauche, potentiel électorat de la Primaire, Manuel Valls n’a emporté la conviction que de 45% d’entre eux, contre 51% pour Montebourg et 63% pour Hamon… Et ce n’est pas tout : 73% des sondés n’ont pas compris sa position sur l’usage et la suppression promise du 49-3, 33% seulement le jugent crédible en président, même s’ils sont malgré tout 52% chez les sympathisants de gauche (et pourtant, on est bien tenté, face à ce seul chiffre réconfortant pour le candidat, de dire « seulement? »).

Une révélation en direct très cruelle

La comparaison avec les deux rivaux de la Primaire de la Belle alliance est cruelle. Pire. Elle est violente. Brutale. Sauvage. Ancien Premier ministre, à peine sorti de Matignon, candidat à la Présidence de la République, voici le héros qui ne pèse guère plus que deux figurants aux yeux de l’opinion publique. Et même légèrement moins que Benoît Hamon, ancien Secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire et éphémère ministre de l’Education nationale, cinq mois en 2014… Tant de bruit pour rien. Vanité des vanités…

Karim Rissouli, qui présente le sondage à Manuel Valls, sous les yeux inquiets de Léa Salamé et David Pujadas, en est presque gêné. D’ordinaire, c’est dans le secret du bureau des communicants que l’on montre au politique ambitieux les sondages qui fâchent. Mais ce soir de janvier, c’est devant les téléspectateurs que l’on acte à Manuel Valls l’ampleur de sa difficulté. Quelque chose ne va pas. Quelque chose de ne prend pas. Quelque chose ne se passe pas, qui devait se passer. L’instant de la révélation est extrêmement cruel, dévastateur, violent. Karim Rissouli sait que Manuel Valls sait. Ce sondage, ces résultats, c’est la promesse d’une défaite pour Manuel Valls. C’est « violent ».

« Violent ». C’est d’ailleurs le mot qu’utilise Karim Rissouli, qui connaît, comme tout le monde le personnage Manuel Valls. Son goût des enquêtes, des sondages, de la communication et des éléments de langage. Le journaliste de France 2 sait qu’il est en train de signifier à Manuel Valls, en cet instant, son ajournement. Sa colle. Avec des résultats pareils, en-dessous de la moyenne de Benoît Hamon, on ne peut pas espérer devenir président de la République.  Et gagner la Primaire de la gauche s’annonce bien plus ardu qu’annoncé.

« Violent ». Le mot prononcé par Karim Rissouli, lui demandant son avis sur le sondage, parait sonner Manuel Valls, que l’on voit, parce que cela crève les yeux, assommé par les résultats. A égalité avec Montebourg. A la traîne derrière Hamon. Minoritaire à gauche, dans ce peuple dont il espère l’adoubement dans les semaines à venir.

Minoritaire. Voilà le mot lâché. Car il faut bien le lâcher.

Mi-no-ri-tai-re.

Encore mi-no-ri-tai-re.

Toujours mi-no-ri-tai-re.

Eternel mi-no-ri-tai-re.

Surmonter la faiblesse de l’instant

Et Karim Rissouli, qui tente d’abréger le supplice, qui expédie les slides qui sont autant de coins enfoncés dans les jambes du présidentiable, de lui dire, enfin, parce qu’il faut bien demander son avis au supplicié en place médiatique, à celui que le sondage vient de clouer au pilori de la gauche: « Est-ce que c’est un sondage qui est violent pour vous? »

Ici, Manuel Valls tente de masquer sa perception douloureuse de l’enquête qui l’accable et montre, sans ambiguïté aucune, l’étendue de son problème. Il faut faire front. Se poser en combattant. Surmonter la faiblesse de l’instant, que le téléspectateur a vu, parce que l’on ne voit que cela, parce que Manuel Valls n’est pas de ceux qui parviennent à masquer leurs sentiments, même lorsqu’il s’agit de désarroi, sur un plateau de télévision.

Alors Manuel Valls répond…  Ce qu’il ne peut pas ne pas manquer de répondre. « Il faut continuer de convaincre… Il y a encore moins de trois semaines pour convaincre… Il y a des débats »… Et les mots se succèdent, tombant comme d’une mécanique, comme si le candidat cherchait d’abord à se convaincre, lui, et lui seul, avant tout le monde, que rien n’est joué… Oui, les mots tombent, supposés dire le guerrier qui ne s’en laisse pas conter… « Convaincre », « émission », « continuer », « force », « ne pas se laisser impressionner », « projet », « énergie »…

Mais l’on sent bien, derrière notre écran, voyeur contre notre volonté d’un drame que l’on n’aurait pas voulu voir, tout compte fait, complices passifs d’une insupportable agression télévisuelle, que le cœur de Manuel Valls n’y est plus. Que le sondage, « violent », si « violent », trop « violent », révèle cette partie de la vérité que les figures médiatiques enthousiastes qu’il fréquente assidûment lui dissimulent, lui offrant à contempler son image en un si beau miroir… Manuel Valls l’autorité… Manuel Valls la laïcité… Si grand. Si fort. Tellement en phase avec la société.

Sauf que ce soir, sur le plateau de l’Emission politique, Manuel Valls est rattrapé par le peuple de gauche… « Violent », le sondage… Encore et toujours mi-no-ri-tai-re, rattrapé par son destin. C’est encore écrit, c’est toujours acquis… Cela demeure. Triste moment, en vérité, que de contempler le roi découvrant sa nudité…

Il y a si loin du rêve à la réalité…

Le blitzkrieg vallsien fait pschitt

La campagne pour la Primaire de la Belle alliance populaire devait être un blitzkrieg vallsien. En quelques jours, sortant auréolé de son passage à Matignon -martialité, autorité- le Premier ministre devait balayer ses adversaires, ces nains politiques sans passé ni avenir. Ce devait être si facile, face à si peu… Une chiquenaude devait suffire à renverser Montebourg, Hamon et Peillon… Mais rien ne se passe comme prévu. Rien.

Le candidat Valls ne tire aucun profit d’avoir été le Premier ministre Valls. Bien au contraire. Le Premier ministre Valls, marqué au fer rouge par son usage intempestif du 49-3, son soutien à des maires d’extrême droite dans la polémique sur le burkini, et tant de choses encore, encombre, empêche et entrave le candidat Valls. Il le ligote. L’enchaîne. Le passé du Premier ministre est le passif du candidat. Tout pèse désormais d’un invraisemblable poids.

Manuel Valls le sait, qui à un moment de l’Emission politique, confronté à ses reniements et renoncements, incohérences et inconstances, sur tant et tant de sujets (35 heures, impôt sur la fortune, retraites, 49-3…) a même entonné un couplet déjà entendu tant et tant de fois depuis dix ans:  « J’ai changé, oui j’ai changé ». Mais non. Manuel Valls n’a pas changé. En rien. Sur rien. Et le sondage, « violent », seule véritable leçon de l’Emission politique, le dit et le re-dit… Entre le peuple de gauche et Manuel Valls, il ne se passe pas ce que Manuel Valls pensait qu’il se passerait. Il ne gagnera pas la Primaire, s’il la gagne, comme il l’augurait. Et même s’il l’emporte, Valls sera encore et toujours mi-no-ri-tai-re, comme il l’a toujours été, puisque c’est ainsi qu’il s’est construit, par le Parti socialiste et contre le Parti socialiste. C’est comme ça. C’est un destin.

La Primaire de la Belle alliance populaire, qui évoque tant les années 30 et le Front populaire, ce n’est pas la belle équipe dont rêvait Manuel Valls, qui a troqué son hôtel Matignon pour un hôtel du nord électoral inconfortable et hostile… « Mi-no-ri-tai-re, est ce que j’ai une gueule de mi-no-ri-tai-re ? » Et oui. Un sondage le dit. Un sondage le confirme. Et c’est, on en convient, « Violent »…http://www.challenges.fr/politique/l-emission-politique-quand-valls-decouvre-un-sondage-qui-lui-promet-la-defaite_446337

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s