Primaire LR, primaire PS : « La plupart des sondages sont bidon »

COUCOU JUPPE …………. LE CHOUCHOU DES SONDEURS ET MÉDIAS BIDONS QU EN DITES VOUS ?

Primaire LR, primaire PS : « La plupart des sondages sont bidon »

FIGAROVOX/ANALYSE– Les sondages sont nombreux pour les primaires de la gauche ou de la droite. Pour le politologue Thomas Guénolé, avec des échantillonnages trop faibles, ces baromètres low cost influencent les primaires davantage qu’ils les reflètent.


Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po, docteur en sciences politiques (Sciences Po – CEVIPOF). Il est l’auteur de Les Jeunes De Banlieue Mangent-ils Les Enfants? (Édition le bord de l’eau, 2015).


En août 2015, vous expliquiez dans nos colonnes que les sondages pour la primaire de droite avaient des marges d’erreur tellement énormes qu’ils étaient sans valeur. Bientôt un an après, et alors qu’on commence aussi à avoir des sondages pour la primaire PS, maintenez-vous ce diagnostic?

Malheureusement, oui. Encore aujourd’hui, la plupart des sondages pour la primaire LR et pour la primaire PS sont parfaitement bidon. Prenons l’exemple du sondage Elabe du 21 juin dernier portant sur le premier tour de la primaire du PS (NDLR: le sondage Elabe/BFMTV sur la primaire PS n’est pas une intention de vote mais une simple question portant sur des préférences. Concernant les intentions de vote, les échantillons sont plus importants). Auprès des sympathisants de gauche, il pointe François Hollande à 32%, Emmanuel Macron à 26, et Arnaud Montebourg à 17. Seulement voilà: ce sondage porte sur un échantillon de 955 personnes, dont au mieux 300 qui se déclarent sympathisants de gauche. Or, sur un échantillon de 300, la marge d’erreur est de 6 points. Donc, en réalité, François Hollande est n’importe où entre 26 et 38, Emmanuel Macron est n’importe où entre 20 et 32, et Arnaud Montebourg est n’importe où entre 11 et 23.

A une telle ampleur, ce ne sont plus des marges d’erreur: c’est du doigt mouillé. Avec le même sondage, François Hollande et Arnaud Montebourg au coude-à-coude à 26-23, ou Emmanuel Macron en tête à 32 loin devant les deux, ou Arnaud Montebourg écrasé à 11 et François Hollande triomphant à presque 40: tous ces scénarios ont la même probabilité! Cela veut dire que tout sondage sur un échantillon si faible, et donc tout papier d’analyse qui s’appuie dessus, n’a aucune valeur.

Constatez-vous le même problème pour les sondages concernant la primaire à droite?

Malheureusement, oui. Prenons l’exemple du sondage Odoxa du 21 juin dernier. Il a fait beaucoup de bruit, parce qu’il rompt avec la ‘‘Juppémania ». Il place en effet Nicolas Sarkozy devant Alain Juppé en taux de popularité auprès de l’électorat de droite: l’ancien président fait 66, l’ancien Premier ministre fait 62. Seulement voilà: ce sondage porte sur 1026 personnes. Et là encore, au mieux 300 sondés se déclarent sympathisants de droite. Donc, en réalité, Nicolas Sarkozy est n’importe où entre 60 et 72, et Alain Juppé est n’importe où entre 56 et 68.

Donc, avec le même sondage, Alain Juppé devant Nicolas Sarkozy à 68-61, ou au contraire Nicolas Sarkozy qui écrase Alain Juppé 72-56: ces deux scénarios ont la même probabilité! Bref, là encore, tout sondage à échantillon si faible, et par conséquent tout papier d’analyse basé dessus, est sans aucune valeur.

Peut-on dire que tous les sondages en vue des primaires posent ce problème?

Non. Il y a des sondages qui interrogent des échantillons suffisamment larges. Par exemple, la grande vague montée par Ipsos Steria pour Le Monde du 30 mars 2016 porte sur un échantillon de départ de plus de 20 000 personnes. Ses résultats sont donc rigoureux, extrêmement solides, et statistiquement irréprochables. Malheureusement, ces cas sont l’exception, pas la règle. La norme, le cas le plus courant, cela reste les sondages dont l’échantillon de départ est de 1000 personnes, qui sont, je le répète, sans valeur pour une primaire.

Cela fausse-t-il la campagne de la primaire à droite, et à présent de la primaire de gauche?

Oui. Les papiers des analystes et des journalistes politiques sont beaucoup plus consacrés à l’évolution des sondages du vote des primaires qu’aux propositions que les candidats expriment. Donc, la litanie des scores prophétisés des uns et des autres est omniprésente dans la campagne.

Donc, à force de répéter en boucle qu’un tel fera 5% et qu’untel fera 40, l’effet sur les futurs électeurs de la primaire est absolument évident: ils se détournent des candidats pointés bas ou très bas ; et ils choisissent parmi les candidats déjà pointés haut, pour ‘‘voter utile ». Le socialiste Julien Dray a une bonne expression pour résumer ce problème: les sondages deviennent des thermostats au lieu d’être des thermomètres ; ils déterminent en large part quelle sera la température, au lieu de la mesurer.

Or, comme je vous le disais à l’instant, la plupart des sondages portant sur les primaires sont bidon: leurs marges d’erreur sont trop énormes. Donc, conditionner le vote des futurs électeurs en les reprenant ad nauseam, c’est fausser la campagne.

Est-ce intentionnel?

Je ne le pense pas. Je pense au contraire qu’une fois la rédaction d’un média convaincue que les sondages low cost sur les primaires sont bidon, elle décide d’en faire moins mais avec beaucoup plus de sondés. De même, je suis convaincu que les instituts de sondages ne demanderaient pas mieux que de recevoir commande de sondages sur de plus gros échantillons. C’est logique, puisque c’est davantage rémunérateur pour eux.

Comment peut-on résoudre ce problème?

C’est très simple. A partir de 4000 sondés comme échantillon de départ, on peut considérer que le sondage pour une primaire commence à être sérieux. Il suffit donc que comme pour la vague de sondages d’Ipsos Steria, les médias commanditaires acceptent de payer davantage pour avoir un échantillon de départ plus important. A défaut, continuer avec des sondages low cost sur 1000 sondés, c’est ne pas informer la population ; et c’est se désinformer soi-même.  http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/06/22/31001-20160622ARTFIG00331-primaire-lr-primaire-ps-la-plupart-des-sondages-sont-bidon.php

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