Duel Juppé-Sarkozy: gare aux ombres des sondages, rien n’est joué

JUPPE PERSONNE EN VEUT ALLEZ DONC SUR SA PAGE FACEBOOK ET VOUS VERREZ LES INSULTES ET LES CRITIQUES ANTI -JUPPE Duel Juppé-Sarkozy: gare aux ombres des sondages, rien n’est joué  

Jour après jour, les sondages paraissent annoncer la victoire d’Alain Juppé contre Nicolas Sarkozy à la Primaire Les Républicains. Et pourtant, une autre lecture de ces mêmes sondages est possible, qui démontre qu’en vérité, rien n’est joué, rien n’est certain. Juppé peut gagner. Sarkozy aussi.

Alain Juppé va gagner. Il ne peut plus perdre. Nicolas Sarkozy va perdre. Il ne peut plus gagner. Jour après jour, la petite musique devient concert. Le duel entre l’ancien Premier ministre et l’ancien Président est joué. Plié. Terminé. Il n’y aura ni événement imprévu, et encore moins improbable, parce que les armes ont parlé. Et les armes, ce sont ces sondages qui, depuis deux semaines, rabâchent tous le même message : le roi est mort, vive le roi ! Après Sarkozy, Juppé.

Il est deux façons de lire ces enquêtes. La première, la plus facile, consiste à se contenter de constater le résultat de la mécanique des blocs en mouvement. Juppé monte, Sarkozy descend, Fillon se maintient, Le Maire glisse. Et la seconde, plus exigeante, dérangeante, et finalement plus intelligente, qui consiste à se pencher sur leur part d’ombre, afin d’en distinguer non l’apparente vérité, mais la vraie réalité. Quel mécanisme préside au mouvement dont on nous inflige le résultat comme certain ? Et ce mécanisme a-t-il été bien appréhendé ?

Dès lors que l’on s’élève son degré d’exigence dans la lecture des enquêtes en question, la perception de la victoire inéluctable d’Alain Juppé en sort très relativisée. Parce qu’en vérité, pour qui veut bien les lire de manière complète, y compris celles qui ne sont pas commentées des heures et des heures sur les chaines info, le sort de la Primaire ne parait pas aussi joué que certains le prétendent.

32% des électeurs certains de voter à la primaire se trompent de mois…

Commençons avec une enquête passée inaperçue, réalisée par la Fondation pour l’innovation politique avec l’IFOP et publiée dans l’indifférence totale par Le Figaro. Objectif : évaluer le rapport des Français, notamment ceux de la droite et du centre, avec l’objet Primaire, mesurer « ce que les Français savent, et ne savent pas, des primaires », le tout avec un échantillon initial de 14 000 personnes, ce qui est considérable, et susceptible de donner des résultats un peu plus fiables que des enquêtes portant sur 600 ou 700 individus. Bingo ! Les résultats sont sidérants.

Ainsi, parmi les électeurs « certains d’aller voter », seuls 47% connaissent la date précise du premier tour (le 20 novembre) et ils ne sont que 32% à citer le bon mois. Mieux encore, 25% de ces électeurs « certains d’aller voter » ignorent encore qu’ils seront peut être contraints de voter dans un autre bureau que celui qui est habituellement le leur. Et au sein de ces électeurs, 17% se déclarent mécontents de devoir se déplacer plus loin que d’ordinaire, quand bien même ils affirment ne pas remettre en cause leur volonté de participer.

A en croire Dominique Reynié, ces observations sont de nature à relativiser toutes les enquêtes portant sur la Primaire LR : « Le niveau d’ignorance de la date du scrutin nous a amené à douter de la stabilité des indicateurs d’opinion aujourd’hui », « les marges d’évolution potentielle sont très importantes. Cette étude vient percuter ce qui est installé dans les enquêtes d’opinion ».

Conclusion : si la campagne pour la Primaire passionne les électeurs de la droite et du centre (et de gauche, en partie, parait-il), ils n’en maitrisent pas encore les données techniques liées à son organisation, données qui peuvent jouer un rôle déterminant le jour du scrutin.

A cela, s’ajoute aussi un autre facteur qui pourrait jouer, celui des métiers, certains professions liées au travail du dimanche étant plutôt marquées à droite (commerçants, artisans, restaurateurs, etc) risquant d’être empêchées de voter du fait de leur travail.

Enfin, dernier facteur, d’ordre psychologique, tout le monde n’a pas envie de montrer qu’il est de droite. Etre de droite serait moins chic que d’être de gauche ? Il existe encore des électeurs, malgré Zemmour (ou à cause de Zemmour ?) qui ont la droite honteuse, phénomène persistant que Dominique Reynié traduit ainsi : « les électeurs de droite n’auront pas forcement tous envie de s’afficher en tant que tel dans les bureaux de vote ».

Poursuivons avec une autre enquête, toute aussi révélatrice de la difficulté à mesurer les intentions de vote à la Primaire LR. Il y a quelques jours, dans le Monde, le Cevipof et IPSOS ont livré les résultats d’une gigantesque enquête, annonçant la consolidation de sa position de favori par Alain Juppé. Ont été commentés les chiffres présentant les scores des candidats. Mais pas ceux consacrés au corps électoral de la Primaire, en permanente mutation…

En octobre, 7% du corps électoral national disait sa volonté de participer à la Primaire LR. Compte tenu du nombre d’inscrits sur les listes électorales, 45 millions de citoyens, 7%, cela représente aujourd’hui un peu plus de 3 millions d’électeurs potentiels. Ce n’est pas rien.

Un électorat de la Primaire LR mouvant

L’exercice devient passionnant quand on se penche sur le détail des 7%. 5% étaient des électeurs déjà certains d’aller voter en septembre dernier, 2% sont des électeurs nouveaux, qui n’avaient pas indiqué vouloir voter en septembre, et 1% qui se déclaraient votants en septembre ne le sont plus en octobre. A première vue, 1% de sortants, 2% d’entrants, ce n’est pas grand-chose. Sauf que si l’on rapporte en nombre d’électeurs, la perspective change. 1% de sortants, c’est 450000 électeurs qui s’en vont. 2% d’entrants, c’est 900 000 électeurs qui arrivent.

En clair, cela signifie que d’un mois sur l’autre, le tiers de l’électorat de la Primaire LR a changé ! Et si l’on ajoute les enseignements de cette enquête IPSOS-CEVIPOF à ceux de l’enquête Fondapol-IFOP, on ne peut qu’aboutir à la conclusion que les commentateurs de sondages, abonnés aux chaines d’information continue, aux radios et aux 20h des grandes chaines, ne livrent qu’une partie de la vérité. Et pas nécessairement la plus instructive. De fait, ils négligent tous les aspects liés à la fluidité d’un électorat finalement insaisissable.

En son temps, Jacques Pilhan avait théorisé sur ces sondages tout à la fois vrais et trompeurs, diagnostiquant le fonctionnement d’une formidable machine à tromper l’opinion alors même qu’elle prétend l’informer. « Le sondage alimente la télé, qui alimente le sondage suivant, qui alimentera encore la télé et ainsi de suite à l’infini »… C’est ainsi, au tournant des années 94 et 95, que « les sondages alimentant la télé qui alimente les sondages etc », annonçaient l’inévitable victoire d’Edouard Balladur… On sait la fin de l’histoire… Et pourtant, comme le révélera plus tard Pilhan, dans la revue Le Débat, les analyses qualitatives des enquêtes, au-delà des mesures quantitatives des intentions de vote, montraient déjà que le désir de voir Balladur à l’Elysée n’était pas partagé par une majorité de Français, loin s’en faut.

Entendons-nous bien. Nous ne disons pas ici que les sondages consacrant Alain Juppé sont du même tonneau que ceux qui étaient présentés comme annonçant l’inéluctable victoire d’Edouard Balladur, non, loin de nous l’idée de nourrir un tel procès. Il s’agit ici seulement de pointer ce qui n’est jamais pointé par les commentateurs de la facilité. Les Diafoirus des professionnels de la profession se satisfont de commenter une course de petits chevaux, mais sans jamais informer ceux qui les regardent, écoutent et lisent de ce que le corps électoral qu’ils auscultent est incertain, inconstant, épars, mouvant et volatile. Et que les conditions d’organisation du scrutin pèseront à l’arrivée. Et que cela ne sera pas sans impact au cas où l’écart entre le vainqueur et les battus sera faible… Le délit de détournement de démocratie n’est pas loin…

Alain Juppé peut gagner. Mais Nicolas Sarkozy n’a pas encore perdu. Donc, Sarkozy peut encore gagner. En vérité, la seule chose dont le citoyen peut être certain aujourd’hui, c’est qu’il ne peut être sûr de rien.

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