Les policiers se mobilisent avant leur rencontre avec François Hollande

Les policiers se mobilisent avant leur rencontre avec François Hollande

Le gouvernement doit débloquer des moyens supplémentaires pour tenter d’apaiser le climat de fronde qui règne depuis dix jours dans la police.

Un an presque jour pour jour après avoir reçu les syndicats de police au palais de l’Elysée, François Hollande devait reproduire l’exercice, mercredi 26 octobre en fin de journée. Les contextes de crise dans lesquels ces audiences présidentielles s’inscrivent se suivent et se ressemblent avec, comme point de départ de la colère des forces de l’ordre, l’agression violente d’un policier. Cette année, il s’agit d’un adjoint de sécurité à Viry-Châtillon (Essonne) ; en 2015, c’était un membre d’une brigade anticriminalité (BAC) au cours d’une fusillade en Seine-Saint-Denis.

Ce rapprochement, les fonctionnaires le font avec amertume :

« J’ai l’impression qu’on va répéter ce qu’on s’est dit il y a un an. On réclamait des moyens, un allégement de la procédure pénale, des décisions de justice plus significatives pour les multirécidivistes…, se souvient Jean-Marc Bailleul, du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure. On est un an après et il n’y a pas eu de révolution. Tout ça mis bout à bout, les collègues ne nous croient plus. »

Alors que les rassemblements nocturnes, qui ont pour particularité de ne pas être pilotés par les organisations représentatives, continuent de réunir quotidiennement entre 1 500 et 2 000 personnes en France, mardi, le rendez-vousdonné devant les palais de justice par une intersyndicale n’a que peu mobilisé : les policiers étaient environ 150 à Paris, une centaine à Bobigny et à Bordeaux, et quelques dizaines dans d’autres villes comme Lille, Toulouse, Marseille, Lyon, Rennes, Nice ou encore Carcassonne.

Suppression de tâches indues

La crise de 2015 n’avait pas accouché d’une révolution, mais elle avait conduit à la signature d’un protocole prévoyant des mesures indemnitaires et d’avancement statutaire à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros. Une enveloppe qui était venue s’ajouter aux recrutements et aux coups de pouce budgétaires déjà engagés par le gouvernement. « Il y a eu des efforts de faits entre 2012 et 2015 », concède Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix.

A chaque crise, sa réponse politique. Mercredi, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, devait dévoiler un plan de sécurité publique. Car si les services de renseignement ou les unités spécialisées ont déjà vu des renforts d’effectifs ou d’équipements arriver, surtout après les attentats du 13 novembre 2015, la police en tenue, qui œuvre sur la voie publique et dans les commissariats, s’est trouvée plus en reste.

D’après nos informations, le nouveau plan sera doté d’une centaine de millions d’euros et prévoit notamment la suppression de tâches dites indues, dont les policiers se plaignent à l’envi.

« Nous ressentons la nécessité de retrouver de l’intérêt dans notre métier qui est d’arrêter les bandits », résume Isabelle Trouslard, secrétaire nationale de Synergie-officiers.

Le gouvernement devrait ainsi annoncer que les prises en charge médicales des personnes en état d’ivresse se feront désormais dans les commissariats, afin d’éviter que les policiers aient à conduire les personnes à l’hôpital pour obtenir un certificat de non-admission avant de pouvoir les placer en cellule de dégrisement. Ce sont les médecins qui devraient se déplacer. Les gardes statiques de préfecture, qui concernent une quarantaine de sites aujourd’hui, devraient aussi être remplacées par des dispositifs techniques ou de sécurité privée. Idem pour la garde actuelle de près de cinquante tribunaux.

« Ça suffit des plans, on veut un calendrier »

Le succès de ces mesures auprès des policiers en colère dépendra beaucoup de leur effectivité : « Ça suffit les plans, on veut un calendrier ! », martelait, mardi, Philippe Capon, secrétaire général de l’UNSA-Police. Les effectifs sont déjà échaudés par les missions de transfèrement des détenus et de garde des détenus hospitalisés, progressivement reprises par l’administration pénitentiaire, mais qui pèsent encore sur leur activité.

Le plan devrait aussi comporter quelques mesures matérielles et notamment permettre aux compagnies départementales d’intervention d’obtenir les mêmes renforts en équipement que ceux débloqués pour les BAC après les attentats de 2015 : un fusil d’assaut, des casques balistiques et des gilets pare-balles porte plaque.

Les équipages de police-secours devraient, pour leur part, recevoir des boucliers balistiques et des gilets pare-balles porte plaque. Le port de la cagoule devrait également être autorisé pour les policiers de sécurité publique sur certaines opérations spécifiques, en lien notamment avec l’antiterrorisme.

« Marche de la colère policière et citoyenne »

Comme l’avait annoncé dimanche 23 octobre Jean-Marc Falcone, le directeur général de la police nationale – reprenant en réalité des mesures déjà connues –, le pistolet-mitrailleur Beretta et le Flash-Ball seront aussi remplacés par du nouveau matériel.

D’autres mesures doivent être annoncées ou rappelées, comme l’installation de films anti-effraction sur les vitres des véhicules de police, l’amélioration de la résistance au feu des équipements ou encore le déploiement de véhicules spécifiques au maintien de l’ordre dans les quartiers les plus difficiles. Une vingtaine de millions d’euros devraient, enfin, financer des travaux immobiliers dans les commissariats.

Le plan sera éventuellement complété par les résultats des réunions de concertation qui ont débuté lundi dans les départements, à la demande de M. Cazeneuve. Mais le gouvernement semble avoir écarté la possibilité de réformer la légitime défense réclamée par les policiers. « Nous voulons pouvoir nous focaliser sur le danger sans être tétanisés par le risque judiciaire. Aujourd’hui, les conditions sont trop restrictives », plaidait pourtant Isabelle Trouslard, de Synergie-officiers.

« On veut retrouver un sentiment de sécurité et au-delà des moyens, que le politique nous laisse une plus grande latitude pour agir sur la voie publique », abondait un gardien de la paix d’Alliance.

Simplification de la procédure pénale, alignement de la répression des outrages à personne dépositaire de l’autorité publique sur celle des outrages à magistrats, rétablissement des peines planchers pour les agresseurs de membres des forces de l’ordre… La liste des demandes ne sera pas entièrement satisfaite.

Mercredi, avant le rendez-vous élyséen, le deuxième syndicat de gardiens de la paix, Unité-SGP police FO, devait organiser une « marche de la colère policière et citoyenne » alors que des policiers protestataires avaient appelé à manifester devant l’Assemblée nationale.

Retrouvez le journaliste du Monde qui suit les rassemblements des policiers à Paris.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/10/26/le-gouvernement-debloque-une-centaine-de-millions-d-euros-pour-les-policiers-de-voie-publique_5020410_3224.html#3jHyqxBuaJ7hfJfu.99

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