Tout commence en octobre 1995, quelques mois après la nomination de Juppé à Matignon. Un juge d’instruction de Nanterre (Hauts-de-seine), Patrick Desmure, instruit une affaire a priori banale:

POUR CEUX QUI ONT LA MÉMOIRE COURTE !!
Ce vendredi 30 janvier, à 14 h 23, le tribunal correctionnel de Nanterre vient de frapper fort: il condamne Alain Juppé à dix-huit mois de prison avec sursis, assortis d’une peine d’inéligibilité de cinq ans. Ainsi, en sa double qualité de secrétaire général du RPR et d’adjoint aux Finances à la mairie de Paris, Juppé est reconnu coupable d’avoir employé, 7 permanents censés travailler à la ville de Paris. Une peine qui, selon l’article L.O. 130 du code électoral, est automatiquement doublée: dix ans.

Tout commence en octobre 1995, quelques mois après la nomination de Juppé à Matignon. Un juge d’instruction de Nanterre (Hauts-de-seine), Patrick Desmure, instruit une affaire a priori banale: la prise en charge par une entreprise de BTP, les Charpentiers de Paris, du salaire de deux secrétaires du RPR. Très vite, le magistrat découvre que cette pratique concerne près d’une trentaine de cas. Apparaît ainsi, en première ligne, une femme qui exerce les fonctions d’adjointe au trésorier du RPR: Louise-Yvonne Casetta, surnommée «la Cassette» ou «la Banquière». C’est à ce titre qu’elle démarche les entreprises, leur demandant parfois de prendre à leur compte le salaire des secrétaires du mouvement gaulliste. En mars 1997, elle est mise en examen pour recel d’abus de biens sociaux. (Elle a été condamnée à quatorze mois de prison avec sursis.)

Dès lors, le magistrat n’a qu’un souci: remonter la chaîne des responsabilités au sein du RPR, trouver ceux qui donnaient des ordres à Louise-Yvonne Casetta ou, en tout cas, n’ignoraient pas la prise en charge des permanents du parti par des entreprises. En novembre 1997, Jacques Oudin, sénateur de la Vendée, est à son tour épinglé: il a été trésorier du RPR de 1993 à 1995. Quelques mois plus tard, ses deux prédécesseurs, Robert Galley, puis Jacques Boyon, sont également mis en examen. Le 21 août 1998, Desmure fait de même avec Alain Juppé, pour recel d’abus de biens sociaux et prise illégale d’intérêt.

Le juge a appris que Juppé, secrétaire général du RPR, a employé (de 1992 à 1995) comme directeur de cabinet Patrick Stefanini, censé travailler pour la ville de Paris, puisqu’il fait partie de l’Inspection générale. Le magistrat reproche à Alain Juppé d’avoir utilisé sept personnes ayant bénéficié d’un emploi fictif au RPR: cinq avant 1995 – Patrick Stefanini, Philippe Martel, Antoine Joly, Jérôme Grand d’Esnon et André Rougé – deux autres – Farida et Nordine Cherkaoui – ont été payés jusqu’en avril 1995. En avril 1999, c’est le président de la République qui se trouve en première ligne. Le juge Desmure a découvert une lettre signée par Jacques Chirac, alors maire de Paris, qui ne laisse aucun doute sur sa connaissance des emplois fictifs au sein du RPR: il plaide, dans cette missive, pour l’avancement indiciaire d’une secrétaire employée par la ville… mais travaillant pour le RPR. Le juge Desmure, conformément aux réquisitions du procureur de Nanterre, Yves Bot, s’appuyant lui-même sur la décision du Conseil constitutionnel du 22 janvier 1999, se déclare incompétent pour enquêter sur un document visant le président – immunité oblige. Cette immunité pénale du chef de l’Etat – valable uniquement pendant la durée de son mandat – est confirmée par un arrêt de la Cour de cassation d’octobre 2001.

Au bout de presque huit ans d’enquête, en mai 2003, le parquet de Nanterre requiert le renvoi en correctionnelle de 27 personnes – dont Alain Juppé, contre lequel n’est retenue que la prise illégale d’intérêt. L’ancien trésorier Jacques Oudin et deux ex-directeurs du cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, Rémy Chardon et Michel Roussin, bénéficient d’un non-lieu. Le juge Alain Philibeaux, qui a pris le relais de Desmure, suit les réquisitions du parquet.

Né le 15 août 1945, Alain Juppé est normalien (agrégé de lettres classiques), énarque (inspecteur des finances). Chargé de mission au cabinet de Jacques Chirac à Matignon, en 1976, il l’a retrouvé à la mairie de Paris de 1978 à 1995, jusqu’à être son adjoint aux finances. Parallèlement, il a été ministre délégué chargé du Budget de 1986 à 1988, puis ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, avant d’intégrer Matignon, qu’il a quitté en 1997. Il est maire de Bordeaux depuis juin 1995.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s