L’après-Hollande a commencé

L’après-Hollande a commencé

La publication des confidences du chef de l’État dans un livre est jugée sévèrement par les Français et affaiblit encore l’hypothèse de sa candidature.  

La gauche est au bord de la crise de nerfs, François Hollande au bord de la crise de régime. L’onde de choc provoquée par la divulgation des confidences du chef de l’État dans le livre de deux journalistes du Monde (« Un président ne devrait pas dire ça… », Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Stock) peut-elle annihiler le scénario échafaudé à l’Élysée pour préparer son entrée en campagne? Désormais, plus rien n’est à exclure – et surtout pas le pire pour le Président. L’après-Hollande vient sans doute de commencer.

Hollande, candidat ultra-minoritaire

Qui veut encore du Président comme candidat? À lire les résultats de l’enquête réalisée en fin de semaine par l’Ifop pour le JDD, une infime minorité de Français. Seuls 14% des sondés déclarent qu’ils souhaitent voir François Hollande briguer un second mandat, quand 86% refusent cette éventualité (dont 62% affirment qu’ils ne veulent « pas du tout » de sa candidature). « À la même distance de l’élection, Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy [les deux présidents qui ont échoué à se faire réélire] étaient nettement plus légitimes, surtout dans leur camp », souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Signe que le discrédit est profond : le rejet de sa candidature est partagé par les trois quarts des sympathisants de gauche (74%) et les deux tiers de ses électeurs du premier tour en 2012 (66%). D’autant que l’exposition de ses conversations privées avec des journalistes suscite la réprobation de 78% des sondés (et 64% des sympathisants de gauche). De tels étiages rendent improbable le sursaut que l’Élysée s’activait à créer depuis plusieurs semaines à coups de discours solennels et de sorties régaliennes. Pourtant, 73% des Français considèrent que François Hollande sera bel et bien candidat, dont 81% des électeurs socialistes. Le fatalisme se devine derrière ce chiffre…

Quel plan B pour 2017?

Parmi les dirigeants socialistes, l’heure du règlement de comptes semble proche. Le désarroi teinté de colère exprimé par le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, a donné le signal. Du Canada, où il était en voyage officiel, Manuel Valls n’a pas voulu laisser entrevoir la moindre initiative, mais ses partisans multiplient les flèches, sur fond d’abattement généralisé au PS.

Qui pourrait reprendre le flambeau? À lire notre sondage, la réponse est tout sauf évidente. Pour 34% des sympathisants de gauche, c’est Jean-Luc Mélenchon qui porterait le mieux leurs idées et leurs valeurs, loin devant François Hollande, Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, à égalité stricte (19% chacun). Le chef de file de La France insoumise, qui tient son premier rassemblement ce week-end près de Lille, n’est certes pas le favori des électeurs du PS : seuls 16% d’entre eux voient en lui le champion idéal pour 2017. Il reste avant tout le rassembleur de la gauche non socialiste (plébiscité par 77% des électeurs du Front de gauche) et profite du ressentiment contre la politique économique et sociale du gouvernement. De fait, Manuel Valls est à peine mieux loti que François Hollande : seuls 21% des sympathisants de gauche l’estiment le plus légitime pour défendre leurs valeurs – preuve que c’est tout l’exécutif et non seulement le Président qui est atteint. Dans ce contexte, la visite de François Hollande à Florange, maintenue à l’agenda élyséen pour demain, ressemble à un piège supplémentaire.

La gauche en morceaux

Avec cette nouvelle séquence calamiteuse, la majorité qui a porté François Hollande au pouvoir en 2012 est plus fracturée que jamais. Pour défendre leurs idées, les électeurs socialistes continuent à préférer le Président, mais seulement pour un tiers (34%) ; 24% lui préfèrent Montebourg, 20% Macron – ses deux précédents ministres de l’Économie, qui mènent campagne contre lui (l’un dans le cadre de la primaire, l’autre en dehors et sans vouloir officialiser sa candidature). Parvenir à rapprocher des lignes politiques aussi dissemblables quand le rapport de forces est à ce point équilibré est bien plus qu’un casse-tête.

« J’admets la critique, parfois la concurrence, jamais la division », cinglait encore Hollande en milieu de semaine dans un entretien accordé à L’Obs, qui devait marquer un pas de plus vers sa candidature. A posteriori, ces mots se retournent contre lui et soulignent l’impuissance dans laquelle il se trouve. L’Élysée fomentait une campagne sur le thème : « Au secours, la droite revient! » À présent, l’alarme qui monte parmi les socialistes ressemblerait plutôt à : « Au secours, Hollande repart »…

Hervé Gattegno – Le Journal du Dimanche   http://www.lejdd.fr/Politique/L-apres-Hollande-a-commence-817336#xtor=CS1-4

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s