Bernadette Chirac : « J’ai peur de la solitude »

Bernadette Chirac : « J’ai peur de la solitude »

France 2 consacre dimanche soir une soirée documentaire consacrée aux époux Chirac. En deuxième partie de soirée, Bernadette Chirac a les honneurs d’un film d’une heure et demie dans lequel la première dame se raconte devant la caméra d’Anne Barrère. Des images intimes, rares, que le JDD a pu visionner un peu en avance.

La caméra d’Anne Barrère a suivi Bernadette Chirac pendant deux ans et demi (France 2)

Dimanche soir, France 2 consacre une soirée spéciale aux époux Chirac. Après une première partie de soirée autour de l’ancien chef de l’Etat, qui est rentré chez lui jeudi après avoir été hospitalisé, la chaîne diffuse un documentaire inédit dans lequel Bernadette Chirac se confie face caméra. La journaliste Anne Barrère a produit elle-même ce film de 1h30. Elle a notamment bénéficié d’une liberté inédite, grâce à la complicité qu’elle entretien avec Bernadette Chirac.

Les deux femmes se sont en effet connues il y a 22 ans, en 1994, lors du lancement de l’opération pièces jaunes auxquelles elles participaient. « Si elle a accepté ce film, c’est qu’elle était en confiance avec moi », explique au JDD Anne Barrère qui insiste : « Ce n’est pas un film hagiographique. Je n’ai éludé aucun sujet et il n’y eu aucune forme de censure. Bernadette Chirac n’a d’ailleurs pas demandé à le visionner avant. Elle l’a vu qu’une fois le montage final envoyé à France 2. »

Les infidélités de Jacques Chirac

Pendant deux heures, Bernadette Chirac revient dans les lieux qui ont marqué sa vie, du château de Bity à l’Elysée en passant par la mairie de Paris où elle est accueillie par Anne Hidalgo – « Madame Chirac est une vraie féministe », témoigne l’édile dans le film. La première dame se livre face caméra, notamment sur son mari. Elle parle d’amour avec une certaine lucidité. « J’étais très amoureuse de lui. Mais les papillons tournaient autour de la lampe. Et j’en ai eu des inquiétudes et des chagrins », dit-elle en évoquant, pudiquement, les infidélités de son époux. « Au début, ça a été dur, témoigne-t-elle encore. J’ai eu beaucoup de chagrin. Et puis je m’y suis faite. Je me suis dit que c’était la règle, et qu’il fallait la subir avec autant de dignité que possible. »

«Ceux qui sombrent, c’est ceux qui n’ont rien à faire»

Très vite, le documentaire s’attache à démontrer la suractivité de Bernadette Chirac dans l’ombre du responsable politique. « J’ai peur de la solitude et de l’inaction, confie-t-elle. J’ai besoin d’être très occupé. C’est peut-être dû à la vie conjugale que j’ai eue. Avec le mari que j’ai eu, il fallait aller tout le temps au combat. »

Le combat, elle l’a autant mené à Paris que dans son canton de Sarran-Corrèze. La caméra l’a suit notamment lors des dernières élections départementales, en 2015. « Je veux gagner, alors je fais tout ce que je peux », dit-elle avec hargne, alors qu’elle est, à ce moment, menacée de perdre sa place de conseillère générale. Interrogée sur le fait qu’elle occupe cette fonction élective depuis 1979, elle explique que ne pas se représenter aurait été « comme une petite mort ». « Ceux qui sombrent, c’est ceux qui n’ont rien à faire », lance-t-elle.

L’émotion de Bernadette Chirac après la mort de sa fille Laurence

Si Bernadette Chirac assure connaître « toutes les familles de sa circonscription », son carnet d’adresses compte aussi nombre de responsables et d’artistes de la scène mondiale. « Je suis un rat des champs qui furieusement voulait s’adapter pour devenir un rat des villes »,  résume la femme de Jacques Chirac. En tant que première dame – expression qu’elle récuse -, elle organise des soirées mondaines ou fait venir Hillary Clinton en Corrèze.

«La tirelire de pièces jaunes à l’Elysée était davantage remplie par les socialistes que par la droite »

Le coeur du documentaire est toutefois consacré à ses grands projets caritatifs, à commencer par l’opération pièces jaunes. David Douillet, alors judoka préféré des Français, se rappelle ainsi la tournée en train qu’il avait effectué avec la première dame : « On faisait des milliers d’autographes. J’étais alors un sportif de haut niveau et je fatiguais moi-même. Elle non, jamais. »

Bernadette Chirac se remémore également avoir installé à l’époque une énorme tirelire dans le vestibule de l’Elysée : « Au temps de la cohabitation, tous les ministres socialistes mettaient un point d’honneur à mettre des pièces à chacun de leur passage. Quand la droite est revenue, la tirelire était moins pleine… »

Le film s’attarde aussi sur la création de la Maison de Solenn, une institution qui accueille les adolescents souffrants de dépressions nerveuses. Derrière la création de cette maison médicalisée, il y a un double drame : celui de Solenn, la fille de Patrick Poivre d’Arvor morte en 1995, mais aussi celui de Laurence Chirac, la fille du couple présidentiel morte en 2016 à l’âge de 58 ans. Toutes deux ont souffert d’anorexie mentale, toutes deux se sont suicidées. Bernadette Chirac, interrogée à peine un mois après la disparition de sa fille, en parle la gorge nouée. « Finalement, au moment où elle voulait vivre, elle est partie. C’est comme ça », souffle-t-elle ainsi face caméra.

Bernadette Chirac « va bien » depuis son hospitalisation

« Les drames, Bernadette Chirac en a vécu, et notamment pendant la période où nous avons tourné, se souvient Anne Barrère. Si elle accepte d’en parler face caméra, c’est parce que je lui ai donné tout le temps nécessaire pour le faire. Elle m’a souvent répété ça : il fallait du temps. » La journaliste a d’ailleurs 96 heures de rush à son actif. « J’ai dû faire des choix, mais j’ai essayé de parler de tous les sujets sans tabou. »

Les affaires, et la condamnation de Jacques Chirac en décembre 2011 dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris, n’ont ainsi pas été oubliés. « Les affaires m’ont terriblement affectées et humiliées, lance, accablée, Bernadette Chirac dans le documentaire. Je n’ai pas compris pourquoi. Dans ma famille, on a toujours été dans le respect de la loi. » Pour son épouse, Jacques Chirac a été victime d' »une injustice formidable ». « Il a tout donné à la France, les Français le savent », assure-t-elle encore.

Aujourd’hui, Jacques Chirac et son épouse sont tous deux rentrés de l’hôpital où ils ont été soignés. Alors qu’elle a parlé à Bernadette Chirac il y a quelques jours, Anne Barrère indique au JDD« qu’elle va bien, le mieux possible ». Cette formule, volontairement vague au nom du respect de la vie privée, n’est autre que celle qu’utilise Bernadette Chirac quand elle est interrogée sur la santé de son mari.

Bernadette Chirac, mémoires d’une femme libre, dimanche à 22h55 sur France 2. http://www.lejdd.fr/Politique/Bernadette-Chirac-J-ai-peur-de-la-solitude-816952

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