La vengeance de Buisson

La vengeance de Buisson

L’ancien conseiller de Sarkozy nous l’affirme, si quelqu’un ici veut se venger, ce n’est sûrement pas lui. Pourtant son livre ressemble à un plat qui se mange froid.

La vengeance est un plat qui se mange froid ? ou alors cuit à point. Chaud devant : Patrick Buisson publie son livre à quelques jours du premier débat de la primaire. Bien qu’il le nie sur les plateaux où on l’invite en majesté, Buisson se venge. Il n’a pas pardonné à Nicolas Sarkozy d’avoir rompu les ponts après que le Point eut révélé qu’il enregistrait, micro en poche, toutes leurs conversations depuis 2007. Buisson a toujours aimé les micros, confer son passé au journal Minute. « J’en ai connu des trahisons, mais rarement comme celle-là », avait réagi Nicolas Sarkozy. Ce fut selon Buisson « le mot de trop ». Il plaide, sans rire, « qu’il faisait cela pour mieux le servir » et s’indigne d’avoir été jeté sans pouvoir s’en expliquer. Du côté des Républicains, on avance que, lorsque Nicolas Sarkozy l’avait interrogé au téléphone, Buisson avait nié ses écoutes sauvages.

Nicolas Sarkozy a porté plainte pour « atteinte à la vie privée » et Buisson a dû signer deux chèques « au couple outragé » comme il l’écrit. Carla a endossé le sien, pas Nicolas. « Ils ont signé ma mort sociale… croyant m’anéantir, ils m’ont offert la solitude décapante des cimes. » C’est beau comme l’antique ! Pendant deux ans, l’idéologue maurrassien s’enferme pour écrire son livre la Cause du peuple, 450 pages d’une plume alerte et dense. Une somme pour enrober son fiel contre « ce Bonaparte de télévision qui croit que parler c’est agir et que dire c’est faire ». Buisson dénonce la violence verbale de Sarkozy (que personne n’ignore). Il le décrit « immature, infantile dans sa vie privée ». Ce grand misogyne devant l’Éternel exècre Carla, qui le lui rend bien. On perçoit le dépit de celui qui, pendant des années, s’est cru l’interlocuteur privilégié. Aujourd’hui, il revendique un devoir moral à ne pas reconduire Sarkozy à la tête de l’État.

Moral ? On l’avait connu moins méprisant. Buisson n’est pas un agneau égaré au royaume du loup. C’est un profiteur qui a fait son beurre auprès de Nicolas Sarkozy avec sa société de sondages. Ce qui lui a valu une mise en examen. Si Martin Bouygues l’a nommé en 2007 à la tête de la chaîne Histoire en évinçant celui qui la dirigeait, c’est encore grâce à l’ancien président. Buisson a aussi vendu ses “conseils au téléphone” à Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet du président Copé, pour 300 000 euros. Une belle somme qu’aujourd’hui le trésorier des Républicains refuse de lui payer. Buisson crache dans l’eau du puits qu’il a bue goulûment.

Jeudi soir dernier, l’enquête d’Envoyé spécial sur la campagne de Nicolas Sarkozy. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que ses meetings hollywoodiens (20 sur 44) coûtaient les yeux de la tête. Et pour que le poids des images soit encore plus fort que les mots, on montrait, après la magnificence du meeting du Trocadéro, celui de François Hollande à Nevers. On voyait le candidat perché sur une petite estrade devant un micro déglingué et une foule dispersée. C’était le bling-bling face au normal. Tout de même, le meeting du Bourget était plus fastueux !

Nicolas Sarkozy a été mis en examen par le juge Tournaire pour “financement illégal”. Tous ses proches l’ont été aussi au motif qu’« ils ne pouvaient pas ne rien savoir des fausses factures ». En revanche, le juge a estimé que Jean-François Copé, président de l’UMP, pouvait, lui, tout ignorer. Qu’importe si c’est lui en personne qui a poussé Bygmalion, via sa fi liale Event dirigée par Frank Attal, pour organiser la campagne présidentielle. Bygmalion ? C’est-àdire “ses potes de toujours” : Bastien Millot et Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet. Lequel fut, par ses soins, hissé directeur adjoint de la campagne. Celui qui a été le maître d’oeuvre des fausses factures à faire endosser par l’UMP. Et Copé ne savait rien ? Incroyable ? Mais puisque la justice le dit. Ce qui l’autorise, croit-il, à jouer, vêtu de probité candide et de lin blanc, l’imprécateur anti-Sarkozy.  http://www.valeursactuelles.com/la-vengeance-de-buisson-65550

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