UNE PRIMAIRE UN PEU TROP PRIMAIRE !!!

UNE PRIMAIRE UN PEU TROP PRIMAIRE !!!

Par Yves de Kerdrel

Tout semble en place pour que cette campagne de la primaire à droite permette les invectives, les parodies ou les simplismes mais ne suscite surtout pas le débat d’idées.

Cela fait une semaine que la campagne officielle pour la primaire de la droite et du centre a débuté. Elle monte en puissance chaque jour à coups de petites phrases, de déplacements symboliques, de meetings, d’interviews, et d’émissions télévisées plus ou moins intelligentes. Le point d’orgue de cette première partie de la campagne sera le 13 octobre prochain, lorsque les sept candidats habilités à concourir débattront sur TF1 et RTL autour de deux thèmes très différents : l’économie et la sécurité. Chacun d’entre eux aura le droit de parler une minute — oui, vous avez bien lu : une minute — et ses rivaux ne pourront l’interpeller que lorsqu’il aura fini de prendre la parole. Bref, tout semble conçu pour que cette campagne permette toutes les invectives, les parodies ou les simplismes mais ne suscite pas le débat d’idées. Au lieu de voir les uns ou les autres dérouler des projets de société, comme David Cameron avait pu le faire en 2010 avec sa fameuse Big Society, il est fort probable que nous assistions à une confrontation d’ego, de raccourcis et de caricatures. Mark Twain avait eu cette phrase tellement juste : « Les gens de gauche inventent de nouvelles idées. Quand elles sont usées, les gens de droite les adoptent. » Le Parti socialiste nous a importé ces primaires après la violente défaite de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002. Elles ont donné naissance à deux candidatures dramatiques, d’abord celle de Ségolène Royal, puis celle de François Hollande. Et la droite a repris à son compte ce mécanisme tellement éloigné de nos institutions, de notre vie politique et de la conception que le général de Gaulle avait tenté d’imposer.

Jusqu’à présent, cette campagne n’a pas permis aux Français de se faire la moindre idée sur la manière dont la droite allait pouvoir rebâtir la France après les cinq années du travail de sape mené par François Hollande et sa clique. Bien sûr, les enchères montent en matière de sécurité, d’identité, de lutte contre le terrorisme. Mais nous savons bien, tous, que c’est là un domaine où les discours sont faciles à faire, et les décisions rapides difficiles à prendre. Bien sûr, il est aisé de créer des polémiques plus ou moins utiles sur « nos ancêtres les Gaulois » ou de désigner des « prophètes de malheur » qui se contentent de décrire la France telle qu’elle est. Mais si, jusqu’en mai prochain, la droite doit avoir un discours de ce type, qui reste aussi proche du plancher des vaches, et si elle ne donne pas à ses futurs électeurs une vision d’avenir qui permette à la France de redevenir la cinquième puissance mondiale, il faut craindre une abstention record ou bien la fuite de nombreuses voix vers cet ovni de la politique qu’est Emmanuel Macron. Car pour l’heure, en dehors d’Hervé Mariton, qui n’a pu participer à cette primaire faute de parrainages suffisants, il est difficile de trouver son bonheur dans ce qui nous est proposé : plus de déficit, et donc encore plus de dette, sur le plan économique, des réformes sociales à mi-chemin de ce dont la France a besoin, des propositions bien timides en matière de justice, de sécurité et d’immigration, et un grand vide s’agissant de l’école, notamment de l’école primaire qui doit être la priorité de quiconque vise à diriger notre pays. Golda Meir ne disait-elle pas que « les hommes politiques ne s’intéressent qu’à la prochaine élection et les hommes d’État à la prochaine génération » ?

Au moment d’écrire ces lignes, j’apprends la disparition de Jean Boissonnat, le pionnier du journalisme économique en France, qui avait été choisi, avec Michèle Cotta, pour arbitrer le débat présidentiel de 1981, entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Le fondateur du journal l’Expansion, qui a tant fait pour réconcilier les Français avec l’entreprise, pour leur faire comprendre les bienfaits de l’économie de marché, et qui aimait pousser les hommes politiques dans leurs retranchements afin qu’ils ne s’abritent ni derrière une stupide langue de bois ni derrière de vaines polémiques, aurait été effondré d’assister à cette campagne présidentielle. Surtout si elle doit se poursuivre à ce niveau et sans que l’on parle davantage des entreprises, de leur compétitivité, et de croissance. J’ai eu la chance d’apprendre mon métier de journaliste aux côtés de cet humaniste imprégné par tout ce qui touchait à la doctrine sociale de l’Église, mais aussi fasciné par l’émergence de la mondialisation qu’il avait été un des premiers à voir surgir, et très attaché à la rigueur des faits et des chiffres. Au nom de Valeurs actuelles, j’adresse à sa famille, ses amis et ses anciens collaborateurs nos condoléances les plus sincères.   http://www.valeursactuelles.com/une-primaire-un-peu-trop-primaire-65360

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