Coignard – Déradicalisation : beaucoup de communication, peu d’action

Coignard – Déradicalisation : beaucoup de communication, peu d’action  

Le gouvernement parle de déradicalisation depuis plus de deux ans, mais le premier centre vient seulement d’ouvrir ses portes. Une goutte d’eau dans l’océan.

C’est à Beaumont-en-Véron, charmante bourgade d’Indre-et-Loire, que vient d’ouvrir le premier centre de prévention et d’insertion par la citoyenneté (CPIC), initié par le gouvernement pour lutter contre l’embrigadement islamiste. Un site d’une capacité de trente places, où les stages, incluant salut au drapeau, sport, cours sur la religion et la citoyenneté, dureront en moyenne dix mois. Les heureux élus ont été recrutés sur la base du volontariat, ce qui laisse sceptique plus d’un expert, dans la mesure où un jeune radicalisé se distingue, entre autres, par son rejet des institutions républicaines et de la société dans laquelle il évolue. Pourquoi, dès lors, lèverait-il le doigt quand on demande des volontaires ?

10 000 signalements pertinents

La réponse officielle, c’est que ce programme s’adresse à des personnes « récupérables ». Autrement dit, islamisées, mais pas trop. D’ici la fin de 2017, toutes les régions devraient être dotées de dispositifs comparables, dont certains pourraient concerner des combattants étrangers revenant de Syrie. Il peut sembler curieux qu’il ait fallu attendre plus de deux ans pour qu’émerge la première réponse institutionnelle construite à la radicalisation. La vérité est que, derrière les discours officiels, cette riposte s’est construite avec des bouts de ficelle.

En avril 2014, l’Uclat (Unité de coordination de la lutte antiterroriste) ouvre un numéro vert pour que les entourages puissent signaler les dérives radicales. Faute de personnel compétent, ce sont deux « réservistes », autrement dit des policiers à la retraite, qui traitent les appels. Et la plateforme n’est disponible qu’aux heures de bureau, de 9 heures à 18 heures du lundi au vendredi. L’initiative se révèle toutefois fructueuse puisque plus de 10 000 signalements pertinents ont été réalisés par le biais de ce numéro et du site internet stop-djihadisme, créé, lui, après les attentats de janvier 2015.

Pas pire que les autres !

Mais c’est surtout en aval que le bât blesse. Les fiches issues de ces signalements sont envoyées dans les préfectures, qui doivent trouver un interlocuteur à même de traiter le problème. Comme personne n’a été formé à la déradicalisation, tout le monde et n’importe qui s’improvise expert. Des structures de lutte contre les dérives sectaires, mais aussi des associations de quartier, de prévention de la délinquance qui voient s’ouvrir une nouvelle fontaine à subventions. Plus de 10 millions d’euros seront ainsi distribués en 2016.

Plus grave, aucune évaluation des actions menées par ces acteurs éparpillés n’est réalisée. La sénatrice UDI de l’Orne Nathalie Goulet a réclamé, fin 2015, qu’un audit soit établi. En vain, jusqu’à présent. Pendant ce temps, aucun centre contrôlé par les pouvoirs publics n’était encore ouvert. Mais le gouvernement ne s’est pas privé de communiquer sur le sujet en montant en épingle la moindre initiative locale sur laquelle il n’avait pas le moindre contrôle, comme le raconte le témoignage accablant d’un ancien stagiaire dans une structure de déradicalisation [1] qui voyait passer plus de journalistes que de familles en détresse.

Pour se justifier, les différents ministères impliqués, à commencer par celui de l’Intérieur, soulignent qu’il s’agit d’une politique publique entièrement neuve, qui concerne un public très hétérogène. « Aucun pays au monde, aucun chercheur, universitaire, travailleur social, psychologue, criminologue sérieux ne prétend avoir stabilisé une doctrine ou avoir enregistré des résultats définitifs », souligne-t-on dans l’entourage de Bernard Cazeneuve. Bref, le bilan est très médiocre, mais pas pire que celui des autres…http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sophie-coignard/coignard-deradicalisation-beaucoup-de-communication-peu-d-action-14-09-2016-2068249_2134.php#xtor=CS2-239

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