Baumettes : le casse-tête des détenus radicalisés

Baumettes : le casse-tête des détenus radicalisés

Armé d’une lame de 25 cm, Bilal T. a bien failli réussir son coup. Dimanche dernier, ce détenu de la maison d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise) a sauvagement attaqué un agent de l’unité dédiée aux détenus radicalisés à l’aide d’un couteau artisanal. Blessé à la gorge et au thorax, le gardien a miraculeusement eu la vie sauve grâce à l’intervention d’un collègue, lui aussi touché au bras.

Après l’agression, Bilal T. a dessiné un coeur avec le sang de ses victimes avant de se mettre à prier. Cet acte terroriste pourrait être le résultat d’une action concertée entre plusieurs détenus. C’est dire si, ces jours-ci, l’extrême vigilance est de rigueur dans les 26 prisons françaises qui accueillent des détenus radicaux. Parmi elles, la maison d’arrêt des Baumettes, où l’été a été chaud sur le front de la radicalisation. Plusieurs détenus s’y sont illustrés pour des faits d’apologie du terrorisme et de violence.

« Yo-yo » entre les étages

Dans cette prison qui compte environ 1 800 détenus (pour 1 182 places), pas d’unité dédiée à proprement parler. Les trois détenus actuellement signalés sont placés dans le quartier d’isolement, doté d’une cinquantaine de cellules, situées au 5e étage du bâtiment D.

« Cela ne pose pas de difficulté particulière », assure la directrice de la maison d’arrêt, Christelle Rotach.

Ce n’est pas l’avis de Philippe Abime, du syndicat FO pénitentiaire. « Le problème, c’est que les détenus radicalisés restent en contact avec les autres. » Entre les étages du bâtiment D, les échanges seraient constants, via la technique dite du « yo-yo ». « Avec des draps qu’on laisse pendre le long des murs ou utilisés comme des lassos, les détenus ont tout loisir de se faire passer du shit, des portables, voire des couteaux, surtout après la fin du service à 19 h », confirme Roberto Lo Briglio, secrétaire local du Syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS).

Autre lieu d’échange : la cour de promenade, située directement sous des fenêtres du bâtiment D, où les « projections »depuis la colline de Morgiou sont fréquentes. « La semaine dernière, on a encore reçu des téléphones, de la drogue. Chaque jour, on retrouve 100, 150 grammes de cannabis dans la prison. »

Mais c’est surtout à l’occasion des parloirs que ces objets interdits sont introduits en prison. Or, si les détenus placés à l’isolement sont minutieusement fouillés, avant et après leur rendez-vous, « ce n’est pas le cas pour les autres détenus, regrette Roberto Lo Briglio. L’article 57 de la loi pénale de 2007 empêche la fouille systématique pour les détenus ordinaires. Et les portiques ne sonnent pas toujours, notamment avec les smartphones dernier cri ».

S’ajoute le risque de prosélytisme. Cet été, plusieurs appels à la messe ont retenti aux Baumettes, donnant lieu à des sanctions disciplinaires. « Vu la surpopulation de la prison, les surveillants ne sont pas en mesure de repérer des détenus qui changent de comportement. On ne peut pas préserver les détenus les plus faibles des radicalisés ; il faudrait, par exemple, pouvoir lire les écrits dans les cellules », alerte Roberto Lo Briglio qui attend toujours les aménagements pour la sécurité (notamment les brouilleurs de communications téléphoniques) et les sept postes de surveillants spécialisés prévus par le plan de lutte contre la radicalisation.

Faut-il, comme le réclament le SPS et FO, créer des établissements dédiés pour les détenus radicaux ? Pour la CGT, ce regroupement serait « la pire des solutions ». « Ce qu’il faut, c’est du personnel dans la coursive, en nombre suffisant », estime David Cuchetti. Et pour ce syndicaliste, on est loin du compte aux Baumettes où il y a environ 500 surveillants pour 1 800 détenus. « Si l’on enlève tous les agents mobilisés sur les tâches périphériques, miradors, cuisines, parloirs, il reste moins d’un surveillant de détention pour 130 détenus. »


Le djihad se fait aussi en prison

Le 5 août dernier, Jamel B., 29 ans, a été condamné à trente mois de prison ferme par le TGI de Marseille. En juillet, ce détenu notoirement dangereux, en attente de son procès aux assises (il est suspecté d’avoir jeté une grenade dans une épicerie casher en 2012), avait violemment agressé et insulté des agents des Baumettes, menaçant de commettre des actes terroristes à sa sortie de prison. Dans sa cellule, les surveillants ont néanmoins découvert deux téléphones portables dernier cri et une clé USB contenant des appels au djihad…

Sophie Manelli  http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4110121/baumettes-le-casse-tete-des-detenus-radicalises.html

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