Femmes et djihad, un phénomène sous-estimé

Femmes et djihad, un phénomène sous-estimé

TERRORISME L’arrestation de trois jeunes femmes suspectées de projeter de « nouvelles actions violentes » ce jeudi interroge sur le rôle des femmes en matière de terrorisme…

Les autorités françaises ont-elles sous-estimé le rôle joué par les femmes dans la mouvance djihadiste ? C’est ce que reconnaissait, à demi-mot le procureur de la République de Paris François Molinsdans une interview accordée au Monde le 2 septembre dernier : « On a peut-être été trop scrupuleux au début en se disant que les femmes suivaient leur mari et se cantonnaient à des tâches ménagères en Syrie. »

Au lendemain de l’interpellation de trois jeunes femmes à Bussy-Saint-Antoine (Essonne) dans le cadre de l’enquête sur la voiture chargée de bonbonnes de gaz, la question de l’implication des femmes et des jeunes femmes dans des actions terroristes est relancée.

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Cinquante-neuf femmes sont actuellement mises en examen dans des dossiers de filières djihadistes ou de projets d’attentats, dont des mineures aux « profils très inquiétants », à « l’origine de projets terroristes » aboutis, s’inquiétait alors le procureur. « Sur les derniers mois, nous observons une accélération des dossiers de jeunes filles mineures, avec des profils très inquiétants, des personnalités très dures. Elles sont parfois à l’origine de projets terroristes qui, sur le plan intellectuel, commencent à être très aboutis », avait expliqué François Molins dans son entretien au Monde.

Plusieurs cas ont été révélés cet été, comme celui d’une adolescente de 16 ans originaire de Melun, mise en examen et écrouée alors qu’elle se disait prête à commettre un attentat sur la messagerie Telegram, ou celui d’une jeune radicalisée de 18 ans à Clermont-Ferrand, elle aussi écrouée à la mi-août après avoir posté des messages violents sur le même réseau.

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Une vision dépassée et occidentalisée

Pour Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat FO-Magistrats et ancienne juge antiterroriste contactée par 20 Minutes, le rôle des femmes a été clairement « sous-estimé » : « On s’aperçoit qu’on a sans doute eu une mauvaise appréciation. Les femmes ont toutes leur place à jouer dans le djihad à en croire les documents de propagande. De façon objective, les femmes sont de plus en plus impliquées dans les procédures, elles sont de plus en plus jeunes et aussi motivées que les garçons. On a peut-être été victimes de nos propres préjugés selon lesquels la femme serait moins violente que l’homme. »

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Une analyse partagée par François Molins : « Daesh entend faire des femmes des combattantes […] jusqu’ici « confinées à des tâches domestiques et familiales. » « Cette vision est aujourd’hui dépassée », a-t-il lancé lors de sa conférence de presse vendredi. En juillet 2014 déjà, un cadre de l’organisation terroriste confiait au site américain News Deeply la création d’une brigade entièrement féminine à Raqqa intitulée « al-Khansaa », brigade des mœurs ultra-radicale. A travers ses divers outils de propagande, Daesh a tenu à développer des éléments destinés aux femmes.

Dans un rapport publié en août dernier dans les Cahiers de l’Institut Religioscope, l’historien Olivier Moos docteur en histoire contemporaine de l’Université de Fribourg et de l’EHESS, écrivait : « Le message à l’attention des femmes s’articule sur quatre thèmes principaux : émancipation, délivrance, participation et piété. La femme peut prendre en main sa propre vie similairement aux hommes et participer à la restauration du Califat en épousant un djihadiste, époux fiable et viril s’il en est, se délivrer des maux d’une vie occidentale et s’assimiler à une nouvelle solidarité féminine, baignant dans la piété, au service d’une cause transcendante qu’elles peuvent soutenir activement. »

Un message qui trouve désormais un certain écho en France comme en Europe selon Europol. Dans un rapport daté de juillet dernier, l’agence européenne chargée de la lutte contre la criminalité faisait état de 128 femmes arrêtées en 2015 pour des activités de terrorisme djihadiste. Elles étaient 6 en 2013.  http://www.20minutes.fr/societe/1921867-20160910-femmes-djihad-phenomene-sous-estime?utm_medium=Social&xtref=twitter.com&utm_campaign=Echobox&utm_source=Twitter&utm_term=Autofeed#link_time=1473556578

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