La huitième visite à Calais

La huitième visite à Calais

Toujours plus de clandestins, toujours plus de policiers… C’est sans fin. Par incapacité à traiter ces trafics à leur source.

 

A la huitième visite du ministre de l’Intérieur à Calais, le ciel éclata au-dessus de la ville. Il y eut un grand fracas. Le ministre cherchait à se faire entendre de la foule des habitants. Il n’était plus audible. Car tous les mots qu’il prononçait, la foule les avait déjà entendus 7 fois, les mêmes promesses, les mêmes engagements. Jusque-là si bienveillante à son égard, la maire du lieu finit par craquer en le renvoyant à ses responsabilités. Alors, les camionneurs et les paysans décidèrent de barrer les routes en espérant être pour une fois entendus à leur tour, puisque seuls les étrangers s’étaient arrogé le droit de le faire impunément, protégés qu’ils étaient par leur nationalité “ouvertement inexpulsable”.

Cela n’est pas une fable. Nous avons à Calais le plus grand bidonville de France, certains disent même d’Europe. Un abcès humanitaire où se concentrent tous les symptômes du mal français et européen. Pour en consacrer le caractère exceptionnel, le président de la République doit s’y rendre, à la fin de ce mois, en fin de mandat, après avoir laissé prudemment son ministre de l’Intérieur y assurer une sorte de permanence.

Le 21 octobre 2015, Bernard Cazeneuve y effectuait sa sixième visite. Il avait en main un plan “stratégique” : verrouillage de la frontière avec des effectifs de police supplémentaires afin d’empêcher les migrants de passer (« seul moyen de gérer la situation », selon lui), expulsion des clandestins “économiques” (1 500 durant les neuf premiers mois de 2015…), création de 2000 places d’accueil pour convaincre les arrivants que la France était bien “une terre d’accueil”. Six mille clandestins s’entassaient alors dans ce bidonville. Un mois plus tard, à l’approche des élections régionales, le ministre faisait vider une partie de la “jungle” en relogeant les expulsés dans des centres de rétention administrative ouverts ailleurs — « mesure hautement dissuasive », faisait-il dire par son cabinet. Au bout de quelques jours, les migrants déplacés avaient repris le train pour Calais.

Onze mois après, ils sont plus de 10 000. Ce ne sont plus 2 000 places d’hébergement que l’on doit leur trouver, mais 8 000, dans 161 centres d’accueil ; cela ne suffira pas, le 2 septembre, le ministre annonce qu’il faut en préparer 5 000 de plus. Il y avait 1000 policiers et gendarmes, maintenant c’est plus de 2 000 ; avec les relèves et les congés, cela fait deux à trois fois plus d’effectifs mobilisés. C’est sans fin. D’où la colère ; les routiers et les agriculteurs bloquaient symboliquement l’autoroute A16 d’accès à Calais, le 5 septembre ; mais c’est aussi l’A26 qu’il faudrait fermer au trafic des clandestins, et puis l’A1, l’A6, et pourquoi pas la ligne Paris-Lyon-Marseille-Vintimille…

On ne résout pas le problème, on le déplace. Une “jungle” dissoute à Calais, ce sont 100, 200 petites “jungles” dispersées ailleurs, sous le règne de l’impuissance et de l’imprévoyance. Puisque ce n’est pas soluble à l’échelle de la France, alors passons par l’Europe. Mais là aussi, l’incohérence gouverne : les Européens donnent mandat à Angela Merkel de confier leur politique migratoire aux Turcs à coup de milliards d’euros ; ils condamnent hautement les trafiquants de haute mer comme criminels, mais ceux-ci savent pouvoir compter sur les garde-côtes italiens pour sauver du naufrage les embarcations qu’ils ont surchargées de réfugiés d’Afrique orientale ou d’Asie occidentale.

Alors, agir à la source ? Cela passera, à un moment ou à un autre, par la destruction des flottilles du trafic avant l’embarquement de leurs pauvres passagers clandestins. On était allé en Libye pour ça, il y a cinq ans. Ah, mais non, il ne fallait pas ! On y a créé le chaos ! On n’est pas allé en Syrie ; a-t-on évité le chaos ? Non. Et nous voici impliqués, que nous le voulions ou pas, dans des conflits interminables et si mal gérés pour n’avoir pas préalablement déterminé une stratégie claire ou de vrais buts de guerre. Et maintenant, Hollande implore Poutine de faire cette guerre pour nous.

Il n’existe qu’une seule manière de mettre une épée dans les reins de nos politiques, une seule sanction qui fasse mal, c’est le bulletin de vote. Angela Merkel, qui croyait pouvoir, avec son grand coeur, faire toute seule mieux que les autres, vient de recevoir son avertissement par lettre recommandée, dans sa propre circonscription, aux élections régionales du 4 septembre. Mais elle n’est pas la seule, tous les partis trinquent avec elle, et notamment la gauche et les Verts, qui perdent une partie du vote populaire. Chez nous aussi, la gauche ne devrait pas oublier qu’elle a été disqualifiée dès le premier tour de scrutin, également aux élections régionales, dans ses forteresses perdues du Midi et du Nord — c’est-à-dire à l’origine et au débouché du trafic des migrants.  http://www.valeursactuelles.com/la-huitieme-visite-a-calais-64800

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