La France a peur…et ne doit pas en avoir honte

La France a peur…et ne doit pas en avoir honte

FIGAROVOX/ANALYSE – «Jouer avec les peurs» est devenu une condamnation politique. Pour Vincent Trémolet de Villers, elle ne doit pas faire oublier que le pays est traversé par une inquiétude profonde et légitime.



Vincent Trémolet de Villers est rédacteur en chef des pages Débats-Opinion du Figaro et du FigaroVox


«Quiconque dit ne pas avoir peur est un menteur.» Les mots de Michel Onfray après l’attentat de Nice et l’égorgement du père Jacques Hamel ont exprimé brutalement le sentiment qui traverse la population française. Ce phénomène psychologique est devenu un objet politique et médiatique. Il sépare ceux qui sont «en proie à la peur», «qui jouent sur les peurs», «qui alimentent les peurs qui nourrissent la haine» de ceux qui surmontent cette force obscure pour promettre une France positive, un vivre-ensemble apaisé, une identité heureuse. Dans la nuit, «les prophètes de malheur» (Valls, Sarkozy, Le Pen), en pleine lumière les représentants de la France qui va bien (Juppé, Macron) ou qui va mieux (Hollande). Minable la foule qui manifeste à Forges-les-Bains contre l’installation d’un centre de migrants; admirable, Anne Hidalgo qui va ouvrir porte de la Chapelle six cents places pour les réfugiés. Cette dialectique entre les ouverts et les fermés, le repli et l’audace, les murs que l’on dresse et les passerelles que l’on jette est un de nos «ponts aux ânes» les plus empruntés. Elle confond un état psychologique et les vertus du caractère, met en accusation, sur l’air du Tout va très bien, Madame la Marquise, les esprits lucides.

La peur, à en croire le dictionnaire accompagne «la prise de conscience réelle ou imaginée d’une menace». Elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle étreint le soldat qui sort de la tranchée, l’aventurier qui grimpe au sommet, le héros qui se jette, d’un trait, sur l’assassin. Elle peut tétaniser aussi, mais elle n’est ni une faiblesse de tempérament, ni un renoncement coupable. Elle aveugle ou elle éclaire.

La France a peur, c’est un fait. Attaquée dans ses enfants, sa jeunesse, ses symboles, elle découvre, avec effroi, qu’un ennemi l’a désignée.

Menacée dans sa culture, son art de vivre et jusque dans les instants les plus paisibles de l’existence (une plage en Corse, une piste cyclable à Toulon), elle s’inquiète des poussées de barbarie au cœur de la civilité la plus élémentaire.

Impressionnée par les foules des migrants qui tentent de rejoindre le Vieux Continent pour s’y installer, elle vit dans l’angoisse de voir naître, un peu partout sur le territoire, de petits Calais.

Pour beaucoup, ce n’est plus une peur du dérangement, du déclassement mais une angoisse existentielle. L’information permanente la renforce au point de faire entrer dans le langage commun la formule «tout peut arriver, partout, à tout moment».

Il est un élément cependant qui alimente cette peur plus qu’aucun autre, c’est l’impression grandissante qu’une large partie de nos élites politiques et médiatiques diminuent ces menaces, les nient quand elles ne mettent pas en accusation les «Cassandre» qui les pointent de la plume, la «France rance» qui ferme ses bras. «La fonction politique consiste d’abord à mettre des mots sur les choses», explique pourtant Marcel Gauchet dans un passionnant entretien que publie le mensuel Causeur, et le philosophe de poursuivre: «La pire des incapacités de notre personnel politique, c’est de nommer ce problème de l’immigration, de le poser dans un langage acceptable, permettant d’en débattre raisonnablement.» Pour la France qui a peur, cette incapacité à décrire la réalité est le fait d’une grande naïveté, d’un grand cynisme ou peut-être des deux («la naïveté, disait Montherlant, cette forme supérieure du cynisme»). Pour l’opinion, elle est aussi anxiogène que le terrorisme ou l’islam conquérant. Le rôle de nos représentants est de rassurer. Comment? En faisant preuve de courage.  http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/09/08/31003-20160908ARTFIG00299-la-france-a-peur-et-ne-doit-pas-en-avoir-honte.php

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