Philippe Bilger : «François Hollande n’est pas dépassé par le désastre, il l’organise»

Philippe Bilger : «François Hollande n’est pas dépassé par le désastre, il l’organise»

FIGAROVOX/CHRONIQUE – A l’approche des primaires de la gauche, François Hollande va user de ses tours de passe-passe habituels pour écarter un à un ses adversaires socialistes, estime Philippe Bilger.


Chaque semaine, Philippe Bilger prend la parole, en toute liberté, au FigaroVox. Il est magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole. Il tient le blog Justice au singulier et est l’auteur de Ordre et désordres paru aux éditions Le Passeur en avril 2015.


Présumons que François Hollande est un président de la République respectable et que sa volonté de se représenter ne tient pas qu’à cette obscénité de refuser de quitter cette place éminente et personnelle de pouvoir.

Imaginons les motifs, nobles et objectifs selon lui, qui le conduiront avec une quasi-certitude à concourir lors de la primaire de gauche pour espérer gagner à nouveau en 2017 puisqu’il a lui-même prévenu qu’une candidature n’était pas destinée à témoigner mais à vaincre.

Je laisse de côté le fait qu’on adore être dupe de soi et qu’on trouve toujours d’excellentes justifications pour ses ambitions les plus vulgaires.

Face à la multiplication des candidatures dans son camp et peut-être à celle encore d’Emmanuel Macron, le président de la République pourrait être tenté d’apparaître comme le plus petit mais solide dénominateur commun à la gauche en relativisant son rejet et en faisant fond sur le capital de confiance qui lui est encore accordé. Une sorte de sûreté fixe au sein d’un univers bouleversé, livré aux ambitions personnelles et proposant des visions fragmentaires, parcellaires.

Il s’offrirait comme le seul, le dernier rempart d’une gauche plausible et crédible. Sans lui, elle serait décapitée, démembrée et si éclatée qu’il n’y en aurait plus à proprement parler. Et la droite aurait le champ libre infiniment devant elle…

Pourquoi pas? Le paradoxe serait cependant qu’avec une telle approche, François Hollande, dont les échecs sont patents et la cause socialiste en loques, s’appuierait cependant sur ce grave insuccès pour démontrer qu’il vaudrait encore mieux que ceux désireux de le battre pour lui apprendre le vrai progressisme, l’idéologie conforme.

Parce qu’il est présent et que la réalité du fiasco, en définitive, fait moins peur que l’aventure et ses risques, il s’inspirera de ce pragmatisme étriqué, avec son incurable mais parfois justifié optimisme, pour s’engager sans douter.

On voit poindre autre chose qui serait plus adapté et plus traditionnel pour un président de la République. Le bouclier contre les extrémismes, la mesure, la défense des droits, la personnalité sage, au-dessus de la mêlée, dont on va continuer à avoir besoin, le gardien de l’état de droit, la tendresse d’une nounou pour les Français et l’autorité bienveillante d’un père pour contrer leurs débordements.

Il va nous jouer à fond, à plein cette comédie et avec talent il fera en sorte de constituer chaque adversaire comme une hydre, chaque programme pour une catastrophe, chaque dénonciation de son mauvais bilan pour une droitisation démocratique. Il oubliera évidemment qu’élu sous le signe du rassemblement en 2012, pour nous guérir de l’exacerbé Nicolas Sarkozy, il a fait pire. Il a clivé bien plus mais dans un velours apparent. Il a créé des gouffres mais dans la soie d’un discours mécaniquement humaniste. La France est plus dressée contre elle-même, et plus divisée et incertaine, qu’elle ne l’a jamais été. François Hollande a pu croire qu’il était un magicien de la politique: il a été pris à ses propres tours.

Ce n’est pas le juste milieu qui compte. C’est que le milieu soit juste. Cela a été, et continue d’être, malgré l’obstiné et lucide François Bayrou, la plaie du centrisme classique, traditionnel mais c’est surtout le handicap aujourd’hui d’un président de la République qui prétend arbitrer alors que depuis longtemps il a clairement favorisé l’un des joueurs. Se posant pour la façade au milieu, il n’a rien accompli ou décidé, spontanément ou en laissant quitus à certains de ses piètres ministres, qui ait été marqué par la justesse, la justice, l’équité.

L’esprit fertile et ingénieux de François Hollande a probablement mis dans sa besace d’autres arguments pour le convaincre, lui, qu’il est à nouveau nécessaire à la France.

Si le premier tour de l’échéance présidentielle l’élimine, avec une dégradation inédite et humiliante de la fonction, il l’aura cherché et voulu. Il n’aura pas été dépassé par l’évènement, le désastre: il les aura organisés.http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/09/05/31001-20160905ARTFIG00090-philippe-bilger-francois-hollanden-est-pas-depasse-par-le-desastre-il-l-organise.php

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