Démission de Macron : la stratégie de Valls pour ne pas couler

Loyauté, sens des responsabilités, hauteur de vues… Manuel Valls va marteler que c’est ce qui l’oppose à Macron. Pas sûr que cela suffise.

Démission de Macron : la stratégie de Valls pour ne pas couler

Après la démission d’Emmanuel Macron, Manuel Valls libéré ? Manuel Valls soulagé ? Manuel Valls inquiet ? Un peu des trois, en réalité. Le Premier ministre est, certes, débarrassé, au sein du gouvernement, d’un élément un peu trop ambitieux à son goût, un peu trop libre de ses propos, un peu trop médiatique, un peu trop insolent,qui l’avait littéralement exaspéré en déclarant qu’être élu « est un cursus d’un ancien temps ». Mais il voit s’échapper dans la nature un sérieux concurrent pour l’avenir. Au plus tôt pour 2017, au plus tard pour 2022.

L’ancien ministre de l’Économie ne s’est peut-être pas encore déclaré candidat à la présidentielle, mais il est déjà en campagne, auprès des éleveurs pour commencer, à la Foire de Châlons-en-Champagne dès jeudi. Il proposera un premier bilan de l’état du pays le 20 septembre, avant de faire des propositions plus concrètes dans un livre à paraître en octobre. Tout cela sur le même créneau idéologique que celui du Premier ministre : social-libéral, transgressif pour une grande partie de la gauche. « Disruptif », dirait Macron. Son programme sera dirigé vers un élargissement naturel au centre, voire au centre droit. « Une maison commune des progressistes », selon l’expression de… Valls.

« La loyauté n’entrave personne. La déloyauté nous blesse tous. »

Sauf que Macron, contrairement au chef du gouvernement, a l’avantage aux yeux de l’opinion d’être encore « neuf », d’être encore jeune (38 ans), de ne pas être encarté dans un de ces partis que même les militants désertent. En face, pour ne pas être emporté par la vague, Manuel Valls, installé à Matignon depuis près de deux ans et demi, forcément associé à un François Hollande toujours plus impopulaire, doit s’inventer de nouvelles forces. C’était les siennes, avant, la transgression, l’audace, la modernité, l’image du renouveau. Mais maintenant ?

Il n’a qu’une solution, pense-t-il, jouer, plus que jamais, la carte de la loyauté. On ne quitte pas un navire, même en plein naufrage. Surtout en plein naufrage. C’est comme ça. La carte de la hauteur, ensuite. En ces temps si difficiles, économiquement, socialement, alors que le pays vit sous la menace terroriste. Manuel Valls a déjà commencé à fredonner cette petite musique mercredi soir. Il a parlé devant les caméras de son « désintéressement » et de son « amour de la patrie ». Dans son entourage, on dit aussi que « face à la montée de l’extrême droite, jouer la dislocation de la gauche est une folie ».

Si Valls tente de ne pas craquer en public, comme il a pu le faire à l’Assemblée nationale le 11 mai dernier, tançant son ministre en direct, pendant les questions au gouvernement, ou encore comme avant le show de ce dernier à la Mutualité en juillet, il laisse ses lieutenants dire tout le bien qu’il pense de la démarche de Macron. En espérant qu’il en reste quelque chose. « Au fond, il n’y a de meilleur indicateur de la loyauté des uns que la trahison des autres », tweete le député de l’Essonne Carlos Da Silva. « Macron prend la mer, donc il est en marche sur l’eau… il boira la tasse ! » dégaine le sénateur de l’Essonne Luc Carvounas.

« François Hollande l’a quasiment nourri au sein »

En off, ils sont encore plus durs. Un pilier de la bande d’Évry, qui accompagne Valls depuis ses débuts en politique, parlant de Macron : « Je vomis sa déloyauté, je trouve ça indigne, irresponsable. Son comportement est indécent de prétention. François Hollande l’a quasiment nourri au sein. »

Tous renvoient Macron à son ambition, le cantonne à une démarche personnelle. « Macron, il a la dalle du ghetto », dit l’un d’eux pour signifier que l’ancien ministre de l’Économie a faim de victoire, à n’importe quel prix. En « on », c’est aussi ce que Manuel Valls veut dire lorsqu’il explique qu’« il n’y a pas de destin individuel dans l’ambiguïté ». « C’est une belle chose de servir le gouvernement de la France, surtout quand on n’est pas en désaccord, quand on a été collaborateur il y a deux ans à peine, puis ministre », glissait-il après la démission de Macron, pour souligner que la démarche de son rival n’était à ses yeux qu’égocentrique.

Rien ne dit que tous ces efforts suffiront à freiner la course d’Emmanuel Macron.http://www.lepoint.fr/politique/demission-de-macron-la-strategie-de-valls-pour-ne-pas-couler-01-09-2016-2065230_20.php

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