Burkini: pourquoi Vallaud-Belkacem trahit Valls

Burkini: pourquoi Vallaud-Belkacem trahit Valls

Un siège de députée vaut bien une concession aux islamistes

Jamais, jusque-là, on n’avait entendu la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem se livrer au moindre écart de langage pouvant donner à penser qu’elle éprouvait le plus petit doute relatif à la politique menée par ses patrons, François Hollande à l’Elysée et Manuel Valls à Matignon. Sage comme une image au premier rang de la classe ministérielle, elle sait pratiquer à merveille la langue de bois version souriante pour vendre au public les mesures, lois et décrets, qu’elle est censée incarner dans les diverses fonctions ministérielles qui lui furent confiées. Son passage comme porte-parole du gouvernement Ayrault a laissé un souvenir mitigé aux journalistes accrédités, qui n’appréciaient que moyennement son style qui ne se permettait pas la moindre variation par rapport au script établi en haut lieu…

Cela donne d’autant plus de relief à sa prise de distance, formulée au micro d’Elkabbach sur Europe 1, avec les déclarations de Manuel Valls soutenant les maires ayant pris des arrêtés anti-burkini sur les plages de leur commune. Pour Najat Vallaud-Belkacem, il s’agirait là d’une « dérive »  attentatoire aux libertés publiques.

La diversité tranquille

Najat, jusque-là, c’est la « diversité » tranquille, bien élevée, loin de la flamboyance d’une Christine Taubira, ou du culot politique et mondain sulfureux d’une Rachida Dati. Depuis quelques années, le courant passait plutôt bien avec Manuel Valls, qui avait appris à la connaître dans le « clan Royal » de l’élection présidentielle de 2007, puis dans les affrontements internes du PS entre Ségolène Royal et Martine Aubry consécutifs à la défaite contre Nicolas Sarkozy. Peu importait alors au Premier ministre que sa pensée politique ne manifeste ni originalité, ni la moindre once d’autonomie dans les domaines de sa compétence  ministérielle, il suffisait qu’elle vende au mieux les idées concoctées dans les cabinets et les administrations. Des «ABCD de l’égalité» à la désastreuse réforme du collège, elle s’applique avec zèle à vendre de la marchandise quelque peu avariée, toujours avec un sourire enjôleur…

Tant de loyauté fayotte se devait d’être récompensée, sous la forme d’un parachute politique de qualité, pour le cas où la présidentielle, puis les législatives de 2017, se révèlent catastrophiques pour la gauche, une hypothèse que le plus optimiste des socialistes ne se permet plus d’écarter. Ayant commencé sa vie politique à Lyon comme petite main de Gérard Collomb, sénateur-maire de cette ville, elle visait, pour atterrir en douceur et rebondir, la circonscription de Villeurbanne, fief socialiste quasi inexpugnable de la métropole lyonnaise. Accordé ! À l’Elysée (où son époux Boris Vallaud exerce les fonctions de secrétaire général adjoint), à Matignon et à Solférino, on trouve l’idée géniale. L’incommode Gérard Collomb, porte drapeau de la « droite » du PS et potentat local depuis des lustres prenant de l’âge, Najat, de son bastion villeurbannais, deuxième ville en population de la métropole, était ainsi positionnée pour reprendre le leadership de la gauche régionale…

Un scrutin très communautarisé

Il est inutile d’ajouter que ledit Gérard Collomb n’apprécia que modérément ce dispositif, le fit savoir, et se déclara soutien indéfectible d’Emmanuel Macron, au point même de caresser l’idée de faire de ce dernier son éventuel successeur ! Au regard du dernier scrutin législatif dans cette circonscription de Villeurbanne, celui de 2012, où la candidate PS Pascale Crozon obtenait 43% des voix au premier tour et 62% au second, l’affaire semblerait bien engagée pour la ministre, en dépit des bâtons que son ex-mentor Collomb ne devrait pas manquer de lui mettre dans les roues.

Sauf que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Rhône et de la Saône depuis cette élection de maréchal acquise dans la foulée de l’accession de François Hollande à l’Elysée. La mémoire politique villeurbannaise se souvient de quelques raclées subies par les socialistes lorsque, sur le plan national, le PS est au fond du trou, comme ce fut le cas en 1958, avec la vague gaulliste, et en 1993, lorsque le PS se retrouva réduit à 70 députés sur les bancs de l’Assemblée, et que Villeurbanne envoya le RPR Marc Fraysse siéger au Palais Bourbon. La sociologie politique de la circonscription est particulière : un mélange de vieux fond ouvrier, aujourd’hui majoritairement retraité votant sans défaillir PS ou PS, de bobos attirés par le campus universitaire de La Doua, le plus important de la région, et des quartiers anciennement ouvriers de HLM où dominent les populations issues de l’immigration. A cela il faut ajouter la principale communauté juive de l’agglomération lyonnaise, dont les membres sont bien représentés au sein de la municipalité de gauche (PS, PC et PRG), mais dont le vote lors des scrutins nationaux penche de plus en plus vers la droite pour des raisons liées à la politique ambiguë du PS dans le conflit israélo-palestinien. L’extrême gauche et les Verts, exclus de la majorité municipale, ne feront aucun cadeau à Najat, trop hollandienne à leurs yeux.

Pour compliquer encore l’enjeu de ce scrutin, la candidate LR de la circonscription est l’avocate Emmanuelle Haziza, 32 ans, ancienne collaboratrice de Jean-François Copé, bien implantée à Villeurbanne dont elle est originaire, ce qui va « communautariser » le scrutin à l’excès, vu que Mme Haziza ne cache pas ses attaches avec la communauté juive. Si elle veut sortir de la nasse qui lui est tendue, Najat Vallaud-Belkacem doit absolument mobiliser l’électorat de culture et de tradition musulmane, traditionnellement abstentionniste, ce qui promet une campagne pleine de sous-entendus et de coups tordus. Avec une inconnue, celle de la possibilité ou non du maintien au second tour du candidat FN, en constante progression dans les scrutins locaux depuis 2012, et qui séduit principalement les « petits blancs » demeurés dans les quartiers à majorité immigrés, qui votaient naguère à gauche…

Ce contexte explique, en grande partie, la transgression de Najat, que sa non-élection à Villeurbanne renverrait, pour longtemps, au néant politique. Cela n’exclut pas, bien entendu, qu’elle soit sincèrement persuadée d’avoir raison contre Manuel Valls dans l’affaire du burkini, mais on eût aimé qu’elle manifeste sa différence en d’autres circonstances… Lorsque que l’on accuse les auteurs d’arrêtés anti-burkini de visées électoralistes, il est préférable d’avoir, au préalable, balayé devant sa porte ! Tout cela vaut, naturellement pour la « trahison » d’un autre vallsiste de premier rang, le sénateur Luc Carvounas, qui a tenu des propos similaires à ceux de la ministre de l’Education.

Or, d’après nos confrères du Parisien, l’élu du Val-de-Marne souhaite échanger l’an prochain son siège de sénateur contre celui de député de la circonscription d’Alfortville-Vitry, où le poids des électeurs de culture musulmane est loin d’être négligeable. Dans la débâcle annoncée, c’est chacun pour soi. http://linkis.com/www.causeur.fr/MgFDI

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